• Istambul - Katmandou en 53 jours

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Istambul – Katmandou

     

     

     

    La route en 2008

     

    Par William Richemond, Frédéric Guérin et Lénaïc Courcelles

     

     

     

    Moi, Hassan fils de Mohamed le peseur, moi, Jean-Léon de Médicis, circoncis de la main d'un barbier et baptisé de main d'un pape, on me nomme aujourd'hui l'Africain, mais d'Afrique je ne suis, ni d'Europe, ni d'Arabie. On m'appelle aussi le Grenadin, le Fassi, le Zayyati, mais je ne viens d'aucun pays, d'aucune cité, d'aucune tribu. Je suis fils de la route, ma patrie est caravane, et ma vie la plus inattendue des traversées.”

    Amin MAALOUF

     

     

     

     

     

    Quel homme n'a jamais transgressé Ta Loi, dis ?

    Une vie sans péché, quel goût a-t-elle, dis ?

    Si Tu punis le mal que j'ai fait par le mal,

    Quelle est la différence entre Toi et moi, dis ?

    Omar KHAYYAM

     

     

     

     

    William

    Nous arrivons le mardi 15 juillet à 19h dans le centre d'Istambul. Après un coup de métro, nous nous installons dans la Motif Guest-house dans le quartier de Sultanamet. Dès les premières heures, nous nous rendons compte d'un gros imprévu, la vie y est bien plus chère que ce à quoi nous nous attendions. Si nous restons une semaine en Turquie comme nous l'avions prévu, notre budget voyage se verra amputé d'un tiers. Nous visitons un peu, mangeons un kebap pas cher, buvons une ou deux bières en face du Bosphore puis retournons vers l'hôtel après avoir visité deux ou trois quartiers de cette charmante ville. En fait, Istambul est vraiment une ville européenne avec son métro, son tramway et ses rues pavées qui ressemblent étrangement au quartier Bourgogne d'Orléans. Une grande rue commerçante, coupée en deux par le tramway, nous a fait penser tout de suite à la rue de la République. La pinte est à 3 euros, la nuit d hôtel à 7.50 euros ( pour dormir sur le toit dans le froid et le vent ). A égale distance ( à peine 50 mètres à vol d'oiseaux ) des deux plus grandes mosquées d'Istambul, la mosquée bleue et Ste Sophie, nous avons été réveillés, excepté Fred par les deux Imams à l'unisson pour l'appel à la prière de cinq heure du matin.

       A cette allure, nous n'aurons plus de sou très rapidement. Nous avons donc pris une décision rapide qui était la suivante : quitter la Turquie dès le mercredi soir par le train hebdomadaire qui parcourt 3200 kilomètres pour rejoindre Téhéran en Iran. Nous nous arrêterons à la première ville après la frontière Tabriz ou se trouve le plus grand bazar d'Orient : près de 25 km².

      En attendant le départ du train à 22h55, nous avons visité les deux rives du Bosphore qu'il suffit de traverser pour passer de l'Europe à l'Asie. Une grande journée de marche afin de nous épuiser, encore un kebap, du change et quelques courses afin de ne pas trop dépenser dans le train. Nous montons dans un train tout confort pour un trajet de 57 heures. Au final, nous arriverons avec près de neuf heures de retard, quoi de plus normal en Orien ! Dans ce train nous avions un colocataire : Médhi. Un Iranien d'une cinquantaine d'année qui partage le compartiment avec nous mais lui se dirige jusqu'à Téhéran. Il ne parle que le farsi mais nous arrivons très rapidement à communiquer avec les mains. Il habite avec ses trois fils et leurs femmes à Persepolis dans une maison de quatre étages : une pour chaque famille. Sa générosité nous honore, nous épate et parfois nous met mal à l'aise puisqu'il refuse tout ce que nous lui offrons. Au bout d'une journée, il nous invite à l'appeler lors de notre passage à Persepolis pour que nous lui rendions visite.

       Au troisième coucher de soleil, le train s'arrête en gare de Van. Nous sommes à l'Est de la Turquie. Le lac de Van est immense et aucune voie ferrée ne le contourne. Nous sommes contrains de descendre du train, de prendre le ferry pour une traversée de cinquante kilomètres. Une vraie mer, d'un bout à l'autre, on n'aperçoit que l'horizon. La traversée durera cinq ou six heures mais à ce rythme là, le temps n'est plus vraiment important. A la sortie du ferry, après une traversée sous les étoiles, nous attendons un autre train, iranien celui là, tout aussi confort bien que plus roots et plus poussiéreux. A son arrivée, vers 1h30 du matin, tout le monde s'agite et se bouscule pour reprendre les places que l'on avait à bord du premier train. Lourdement chargés, nous ne nous faufilons pas assez vite et après avoir parcouru cinq ou six wagons sans avoir trouvé de compartiment libre, nous nous résignons à nous séparer. A cet instant, une porte s'ouvre, une main attrape le bras de Fred et l'entraîne à l'intérieur du compartiment. Medhi ! Il s'était faufilé avant tout le monde et a trouvé un compartiment libre qu'il a fermé à clef en guettant notre passage. Il nous a sauvé la mise et ce ne sera pas la seule preuve que nous aurions de sa malice.

       Trois contrôles de billets et deux contrôles de passeport plus tard, nous arrivons à nous endormir. Pas pour longtemps, car vers six heures du matin, nous sommes réveillés par un agent de police turc qui nous somme de descendre du train afin que l'on aille prendre notre coup de tampon officialisant notre sortie de territoire turc. Encore une fois, Médhi plus rapide que tout le monde n'a pas eu besoin de plus de vingt minutes pour régulariser sa situation alors qu'il nous en a fallu près de quarante cinq, bien que nous étions arrivés avant lui. Le contrôle iranien se fera bien plus aisément dans le train, nous laissant le temps de dormir.

       Nous sommes arrivés à notre destination vers 13h30. Après du change et un coup de taxi, nous nous installons dans un hôtel et partons vadrouiller dans le bazar gigantesque. Notre passage en Turquie fut bien plus bref que prévu mais nous nous sommes jurés d'y revenir lorsque nous serons riches et puissants :D

       Nous passerons deux ou trois jours ici avant d'aller visiter la forteresse d'Alamout, repère d'Hassan Sabbah qui abrita pendant près de cent soixante ans la secte la plus terrifiante de l'histoire du monde : celle des Assassins.

    La colère monte en moi, c'est la deuxième fois que j'écris ce pavé, la première fois l'ordinateur avait planté.

       Après un décrassage massif et indispensable à l'issue de tant de temps passés dans ce train, nous marchons en direction du grand bazar de Tabriz. A son entrée, nous y rencontrons un homme d'une soixantaine d'année, Habib Mehraz, vendeur de tapis qui nous propose de nous faire la visite pour le plaisir de discuter avec des occidentaux. Il est vrai qu'ils se font plutôt rares dans la région. Un peu sceptique au départ, nous acceptons tout de même. Ce bazar immense que nous ferons en plusieurs fois ressemble étrangement au souk de Marrakech à une grosse différence près : Celui-ci est couvert non pas de toiles ou de bâches, mais de voûtes successives en briques jaunes. A l'entrée, une mosquée de petite taille, juste un lieu de prière pour les vendeurs. Nous marchons le long de quelques allées avant de sortir à l'autre extrémité en face d'une seconde mosquée, plus grande et plus ancienne. Habip nous invite à y entrer pour y boire le thé. Nous parlons un peu de l'histoire de Tabriz puis il nous invite dans son magasin.

      Son échoppe se trouve à l'extérieur du bazar, ils sont deux à gérer l'affaire. Nous exprimons le souhait de grimper sur la plus haute montagne qui surplombe Tabriz et comme de par hasard, ils avaient prévu d'y aller le lendemain. Lorsqu'ils nous proposent de les accompagner, nos regards se croisent, ils sont bien gentils ces deux messieurs, un peu trop même, nous flairons l'arnaque et nous nous éclipsons après avoir pris leur carte. Le soir venu, nous trouvons un restaurant autre qu'un Kebap, un vrai plaisir de se nourrir à peu près convenablement.

      Le lendemain, nous changeons d'hôtel. Le premier était deux fois plus cher que celui que nous avons déniché la veille en marchant vers le bazar et surtout nous avons à présent de l'eau chaude pour nous laver. Après nous être réinstallés, nous allons au Tourist Information qui se trouve à l'entrée du bazar. Nous y rencontrons un charmant monsieur nommé Nasser Khan. Il nous accueille dans un français correct et nous invite tout de suite au tutoiement. Il finit la discussion qu'il avait en italien, avec un couple de touristes puis nous offre le thé. Il est employé depuis une quinzaine d'années par le ministère du tourisme iranien pour guider les européens à travers Tabriz. A cet instant, Xavier, un Français avec qui nous passerons l'après-midi, entre dans le bureau de Nasser, s'asseoit à nos côtés et écoute les bon conseil que nous prodigue notre hôte. Ce dernier nous parle d'un village troglodyte qui se situe à une heure de Tabriz : Kandovan. Nous y partirons donc à quatre, avec Xavier, la trentaine, qui est parti de France en septembre dernier. Nous partagerons le prix de la course en quatre donc : 50 000 rials chacun ( environ 3.30 euros ). Après avoir mangé un dizi (sorte de tajine local bien bourratif) et fumé une chicha, nous digérons pendant l'heure de trajet qui nous mène à Kandovan. Le village est fort sympa, les grottes ressemblent à des huttes de pierre poreuses qui s'enchevêtrent les unes dans les autres. La roche étant poreuse, la première question qui nous vient à l'esprit est : Qu'en restera t-il dans cent ans ? A notre retour, nous allons dîner avec Xavier qui part pour Téhéran le soir même.

       A Tabriz, le troisième jour est passé bien plus vite. Nous avons visité la mosquée bleue dont la restauration n'est pas encore achevée. Nous prenons un taxi vers le parc populaire de Tabriz où se retrouve une grande partie de la population le vendredi ( jour de repos ) pour pic-niquer. Grande déception, le parc se constitue d'un grand lac carré avec en son milieu une presqu'île où se trouve un restaurant. Quelques étendues d'herbe en escalier ou les habitant de Tabriz plantent leurs tentes. Nous sentons l'orage venir donc nous nous rapatrions vers l'hôtel. Nous jouons aux cartes en attendant l'heure à laquelle nous devons rejoindre la Bus Station qui nous emmènera à Qasvin. Point à partir duquel il nous restera une trentaine de kilomètres à parcourir pour atteindre la Forteresse des Assassins.

      En attendant à l'auberge, nous avons vu un couple d'Australiens débarqués d'on ne sait où en vélo, avec un barda monstrueux... Respect et robustesse !

       Nous y voila, le bus décolle à vingt-deux heures tapantes. Le taxi qui nous emmène à la bus station a été plus qu'honnête avec nous. Souriant, il nous annonce une somme dérisoire ( un euro pour nous trois ) et nous aide à trouver le bon bus. Nous déposons les sacs dans la soute et montons à l'arrière de ce qui pourrait très bien passer pour un bus occidental. Pour l'instant, nous avons beaucoup de chance avec les transports. Fredo est pris d'une envie soudaine, ce qui l'empêchera de dormir pendant les deux premières heures du trajet. Nous sommes sensés arriver à Qazvin vers quatre heures trente du matin d'où nous prendrons un taxi ou louerons une voiture pour la journée afin de visiter la grande forteresse.

      A 3h30, j'ai les yeux ouverts, je dors mal à cause de mes grandes guibolles et me réveille de nouveau à 4h45. Pris de panique, nous sortons du bus pour savoir si nous avons raté l'arrêt, le chauffeur nous dit que non. Pour être sûrs, nous demandons à un de ses aides de nous réveiller une fois arrivés. Le réveil fut coléreux lorsque nous voyons à 6h30 du matin la gare de Téhéran en face de nous. A peine réveillés, nous allons prendre un petit déjeuner pour lequel nous payons le thé deux fois plus cher que d'habitude. Nous sommes faibles et ils en profitent bien. Jamais nous ne saurons s'ils se sont vraiment arrêtés à Qazvin. Écoeurés, nous prenons un autre bus après quelques achats de subsistance, en direction d'Esfahan. Nous allons vite, très vite même ; le côté positif est que nous gagnons du temps sur les prochaines étapes. Ne pas visiter Téhéran ne nous gène pas, comme l'a dit Xavier dans son commentaire, "fuyez cette ville". La capitale est vieille de deux cents ans maximum et manque cruellement de culture et de charme. Du peu que nous en ayons vu, la ville est moche, en pleine construction, des immeubles en béton à perte de vue, tant mieux, nous n'avions pas prévu d'y rester plus d'une journée.

       Le second trajet est nettement plus serein, nous arrivons vers 14h30 à Esfahan, ancienne capitale qui a plus de mille ans d'histoire. Nous y resterons deux nuits et trois jours avant de prendre la route pour Shiraz-Persepolis.

        Dès notre arrivée à Esfahan, nous nous faisons avoir par le taxi. Nous avons rencontré Sea-Hwan dans le bus, un coréen avec qui nous voyagerons quelques jours. Il est parti de Corée, a traversé le brin de mer qui le séparait de la Russie, puis a pris le train Vladisvostok - Moscou ( un trajet de huit jours). Il a visité un peu l'Europe de l'Est (Prague, Budapest) pour atterrir à Istambul d'où il a effectué à peu près le même trajet que nous. Nous nous installons dans une chambre de quatre, assez spacieuse, téléviseur et frigidaire, et surtout une grande table pour jouer au poker.

      Une fois installés, nous marchons jusqu'à Imam Square ou nous trouvons le “Tourist Information”. A son entrée, nous croisons un ancien professeur de biologie-géologie qui nous offre ses services de guide touristique pour trois euros de l'heure. Il a fait ses études pendant quelques années à Grenoble où il a appris le français. Nous refusons la visite guidée mais parlons quand même pendant un bout de temps. Nous avons marché jusqu'au grand pont d'Esfahan, qui s'étend sur cent cinquante mètres au dessus d'une rivière asséchée. Les villes d'Iran sont vraiment des oasis sorties de nulle part. Vallées entre quelques montagnes arides, ces villes d'un million deux cents milles habitants en moyenne sont construites autour de rivières, asséchées pour la plupart. Le soir, après un repas où nous avons regretté nos initiatives culinaires, nous faisons un poker. Léna le gagne.

        Le lendemain fut une journée mémorable au cours de laquelle nous avons marché près de vingt kilomètres. Nous donnons notre linge à laver puis sortons faire du change dans la seule banque qui puisse le faire à Esfahan. Ensuite, nous retournons vers le pont, le traversons puis allons marcher dans la vieille ville. Au bout de quelques kilomètres, nous en avons fait le tour, nous entrons dans un parc immense que nous traversons. Il longe la rivière jusqu'à la sortie d'Esfahan. A mi-chemin de la mosquée que nous voulons visiter, se trouve un parc à oiseaux, une sorte de Zoo pour volatiles. La volière était immense, plus grande qu'un terrain de football. Nous y avons vu toucans, paons, autruches, aigles, perroquets en tout genre, et même quelques perdrix, faisans et flamands-roses. Dans un recoin, je fouine et trouve entre trois réserves et une grande haie, deux magnifiques plants d'un mètre de hauteur, en croissance végétative donc inutile. Le jardinier qui les a caché ici, au nez et à la barbe de son patron, fera sa récolte dans un ou deux mois. Pour l'heure, j'en cueille juste une feuille en souvenir. Nous sortons du Bird-Parc puis reprenons notre route au travers de ruelles serpentantes. Après une nouvelle heure de marche vers l'est, nous décidons de couper a travers champs de peur d'avoir été trop loin, ce qui fut en l'occurrence le cas. Nous retournons sur nos pas, non mécontents de retrouver un brin de civilisation, puis marchons jusqu'à la mosquée. Au bon moment, l'attraction commence. A notre arrivée, un homme monte dans le minaret et, par la force de son corps, fait balancer l'édifice. Épuisés, nous prenons un taxi pour retourner en ville. Nous allons dîner, puis, un poker qui fut gagné par Sea-Huan.

    Une troisième journée à Esfahan : la dernière. Nous retournons au Tourist Information sur la grande place de l'Imam square entoure par un bazar couvert. Nous rencontrons sur le trajet deux hommes, l'un étant un ancien professeur d'anglais, l'autre, un ancien étudiant, passionné de littérature française. Il nous citera Sartre, Baudelaire mais également Truffeau et Godart. Sympathique, nous parlerons avec lui pendant une bonne heure et demie. Il me confie à voix basse qu'il consomme de l'alcool chez lui et du hasch dans les parcs. Nous nous séparons à l'heure du déjeuner, puis allons faire la sieste dans un parc avant d'aller visiter une mosquée. Nous avons quitté Esfahan par bus le soir même. Inattendu mais pas surprenant, le bus qui nous a emmené à la bus-station était coupé en deux par une rangée de sièges séparant les femmes à l'arrière, des hommes côté conducteur. Sans doute pour éviter ce que nous apprécions tant en Occident : Draguer dans les transports en commun.

    Un Trajet de huit heures nous attend pour rejoindre Shiraz. Le bus a du retard, près d'une demi-heure, c'est la première fois que celà nous arrive en Iran. Sea-hwan a la console de jeu Nintendo-DS, magnifique, nous jouerons à Mario Kart pendant le trajet.

    A notre arrivée à Shiraz, il est quatre heures du matin. Au vue de l'échelle de la carte du lonely planet, la distance séparant la bus-station du centre ville ne devait pas excéder un kilomètre et demi. Mais, en faite nous avons marché près d'une heure pour rejoindre le quartier des hôtels. Au bout d'une demi-heure de recherche, nous en trouvons un ouvert où il reste quelques chambres rudimentaires sans aération. Nous y passerons le reste de la nuit puis changerons d'hôtel en début d'après midi. Sea-Hwan est toujours avec nous. A cause de quelques problèmes d'argent ( Traveler chèques et carte bleue non acceptés en Iran) il doit prendre plus tôt que prévu un avion pour rejoindre Dubai d'où il prendra un autre vol pour l'Inde. Normalement nous devrions le rejoindre du côté de Dharamsala ou de Manali.

      Les deux premiers jours a Shiraz n'ont pas été vraiment palpitants : nous avons beaucoup marché à travers la ville, le bazar et les montagnes environnantes. La vue d'en haut est magnifique, on y comprend l'ampleur de la notion d'oasis d'un million d'habitants décrite précédemment. C'est épuisés que chaque soir nous rentrons à l'hôtel. A Shiraz, nous avons trouvé le restaurant parfait à côté du Esfahan Hôtel. Copieux, bon et pas cher, nous y prendrons quatre repas sur six.

       Le dernier jour à Shiraz fut bien plus intéressant, nous nous sommes levés tôt, et nous avons laissé Sea-Hwan à l'hôtel : il ira a l'aéroport en début d'après midi. Nous avons pris un taxi pour parcourir les cinquante kilomètres qui nous séparent de Persepolis. La cité antique est en ruine. Il y a près de 2500 ans, Darius a construit un empire, Cyrus, son fils, y a construit sa cité mais c'est Xerxes (le petit fils de Darius) qui y a vraiment régné en maître absolu. Alexandre a été le premier à s'emparer de la cité, à la piller et la détruire. Beaucoup d'autre guerres et invasions se sont succédées dans la région pour ne laisser aujourd'hui qu'une dizaine de colonnes encore debout, deux immenses tombes et une quantités de bas reliefs et statues brisées.

       Un petit mot pour chambrer la frite, en sortant du site, nous croisons une famille d'iraniens parlant français. Le petit garçon, âgé de sept ans pas plus, fixe Fred, se retourne vers sa mère et dit a haute voix : "Ah ! Il est môche le monsieur ! Et il a trop de cheveux ! "  Je n'irais pas plus loin, on m'accuserait d'extrapôler. Dans tout les cas une barre de rires mémorable s'en suivit, nous lui ressortirons cette histoire pendant longtemps et je compte sur vous pour le faire également.

       A notre retour à Shiraz vers quinze heure, nous n'avons plus qu'à tuer le temps en attendant le bus qui nous mènera à Yazd, notre dernière étape en Iran avant les deux longues journées de bus en direction du Pakistan. Nous arrivons à Yazd vers trois heures du matin, un taxi en mode rally-danja, nous dépose dans le centre-ville. Après une heure de marche pour trouver un hôtel, en vain, nous nous résignons à passer la nuit sur un banc près de la grande place en attendant le lever du jour. C'est la première nuit que nous passons sous les étoiles et ce n'est non sans plaisir que cela se passe en plein coeur de l'Iran.


     

    Lénaic

    Il est 6h30, la guesthouse ouvre ces portes. Nous avons attendu cet instant pendant plus de trois heures. Cependant, il nous faut patienter un peu avant d'avoir une chambre. Les fauteuils qui nous sont proposés sont nettement plus confortables que les bancs en béton. Au bout de dix minutes, Will commence à tourner de l'oeil, suivi de près par Fred. Quant à moi je scotche sur le mec de soixante ans qui fait la prière du matin. J'aurais peut être dû l'ignorer, car il me tape la causette pendant plus de trente minutes, alors que je ne parle toujours pas iranien. Il sait que je ne le comprends pas mais c'est pas grave, ça l'amuse. Arrive le moment de la délivrance: "Passport please !" Nous avons une chambre, il est 8h, nous pouvons enfin dormir.

    Après un réveil en début d'après midi nous partons à la recherche du Tourist Info. Pour cela nous marcherons pendant plusieurs heures dans la vieille ville de Yazd sans succès. Le coté positif de cette marche est qu'elle nous aura permis de voir la mosquée, la prison d'Alexandre (le grand), les ruelles et les fortifications de la vieille ville. De retour à la guesthouse, nous gouttons de la bière locale sans alcool. Les vingt milles rials qu'elle nous a coûté n'auront pas été les rials les mieux dépensés du voyage.

    Le lendemain, il est déjà temps de quitter Yazd et l'Iran. Arrivés à la bus station, nous attendrons pendant trois heures le départ du bus pour Zahedan. L'heure du départ venue, le chauffeur ne veut pas que l'on monte à bord, apparemment ce n'est pas la bonne compagnie. Ce petit jeu va durer pendant vingt bonnes minutes. Au final, nous trouvons le bon bus. Et nous voila parti pour quatorze heures de bus : encore une nuit à galérer...

    Zahedan, il est 7h du matin, nous sommes tout proche de la frontière pakistanaise mais également avec celle de l'Afghanistan. Un taxi nous dépose à la “Bus Station” ou nous retrouvons deux hollandais  croisés la veille à Yazd (en vélo depuis la Hollande). Apparemment, il n`y a pas de bus (pour les touristes ???) pour aller jusqu'au poste frontière. Nous partageons donc le pick up Toyota avec eux pour faire les cent derniers kilomètres en Iran. Trois devant et trois derrière, un peu serrés mais ça passe.

    Deux cents mètres, première vérification des passeports, ça amuse les soldats de voir des étrangers. Sur le trajet nous nous arrêterons quatre ou cinq fois pour répéter cette opération. C'est un peu énervant mais ce sont eux qui sont armés, autant nous plier à leurs exigences. Détail amusant, c'est la première fois que je vois des soldats en service avec des tongues aux pieds. Au dernier contrôle, un soldat monte avec nous. Nous sommes désormais quatre à l'arrière. Compressés les uns sur les autres, les quinzes derniers kilomètres sont longs, très longs.

    Poste frontière, privilège d'être accompagnés par un soldat, nous passons devant tout le monde (une quarantaine de personnes), les formalités prennent une dizaine de minutes. Nous passons de l'autre côté du grillage, côté pakistanais. Les routes de bitume sont remplacées par des routes en terre battue, le bâtiment climatisé, par de sommaires cabanes en pierre, le désert est toujours là mais avec des ordures partout. Il faut maintenant rejoindre Quetta. Avant cela, un peu de change à un taux avantageux (pour le changeur pakistanais évidemment, pas pour nous), mais on a pas le choix. Le bus part de Taftan, nous sommes à 2km du village. Nous pouvons le faire à pied mais la fatigue plus le soleil écrasant nous incite à partager un pick up Toyota avec les hollandais, mais également avec des tchèques. La répartition est la suivante: à l'avant, le chauffeur, Fred et moi ; sur le plateau du pick up : les vélos, les sacs, les deux hollandais, les trois tchèques et Will. Nous sommes neuf pour un véhicule conçu pour trois. Ça vaut la photo, mais dans la précipitation nous n'y pensons pas.

    Taftan, nous prenons le bus de 12h30 qui mettra onze heures pour rallier Quetta. Un bus pakistanais c'est comme un bus iranien, le confort en moins. Nous arrivons un peu avant minuit, un petit trajet en rickshaw jusqu'à l'hôtel où nous pouvons nous reposer après ces trente heures de trajet depuis Yazd.

    Lors d'une pause, Fred descend du bus pour aller acheter à boire. Au bout de quelques minutes le bus repart ... mais sans Fred. Celui ci se met à courir pour essayer de le rattraper (nous sommes au milieu de nulle part), sans succès. Le bus s'arrêtera deux cents mètres plus loin pour faire la vraie pause cette fois. Pauvre petit Fred qui aura un peu flippé tout de même.


     

    William

    Nous ne nous levons pas trop tard et dès les premiers pas à l'extérieur de l'hôtel, nous restons dubitatifs face au spectacle qui se déroule en face de nous. Tout d'abord, le Pakistan est, tout comme l'Iran, une république Islamique. Il y a toutefois plus de libertés et moins de tabous ici. Cela se remarque directement, par la télévision par exemple : les chaînes internationales ne sont plus censurées, les femmes qui présentent le JT ne sont pas voilées même si dans la rue, nous ne voyons toujours pas leurs cheveux et parfois, pas même leurs yeux.

      A l'extérieur, nous retrouvons les centaines de rickshaws typiques des villes indiennes et les fritures de rue tels que les samossas et les beignets de pommes de terre et d'oignons. Mais c'est surtout la crasse et la pauvreté qui nous saute au yeux. Dans la rue, des montagnes d'ordures s'accumulent, des sacs plastiques et des petits packs de jus de fruits. Au coin des rues, on brûle ces montagnes. La ville est dégueulasse et pourtant nous sommes dans une des deux rues principales : Jinnah road. Nous sommes à une centaine de kilomètres de la frontière avec l'Afghanistan. Au nord de la ville se trouve un camp de réfugiés. C'est sans doute ce qui explique les centaines de gens en armes qui circulent dans la ville. A chaque carrefour, se trouve cinq ou six policiers lourdement armés (shotgun ou Kalashnikov), majoritairement des armes russes. Chaque gardien de parking est armé, et je ne vous parle pas des banques. D'ailleurs, aucune banque n'a voulu de nos traveller-cheques en euro , nous devrons monter à Islamabad plus tôt que prévu.

      Et la pauvreté.... Sur une centaine de mètres, plusieurs mendiants, des femmes principalement, avec des enfants en bas âge, rachitiques, au bord de la mort. Nous y verrons même un enfant d'une dizaine d'années tout au plus, le visage à moitié brûlé, parsemé de taches jaunâtres, à genoux, la main tendue. Il n'a plus la force d'interpeller les passants. Certains hommes sont allongés sur le sol, tendant la main, en répétant continuellement les mêmes mots, que nous ne pouvons comprendre, jusqu'à épuisement. Évidemment, face à ce cauchemar, nous ne restons pas insensibles. Nous distribuons quelques petits billets et des paquets de gâteaux, aux enfants surtout. Mais il y en a tellement. Le midi, nous allons déjeuner dans un fast-food, une fille d'environ cinq-six ans peine à pousser la porte pour y entrer. Elle nous tend la main mais nous n'avons que de gros billets sur nous. D'autorité, elle nous demande nos cannettes vides, nous les lui donnons et la voyons savourer les quelques dernières gouttes qui doivent encore s'y trouver...

      Il n'y a rien a faire à Quetta. Nous retournons donc à l'hôtel après avoir marché pas mal de temps dans la ville. Nous dînons, avec Léna comme la veille, à coup de pain de mie et de vache qui rit. De couleur jaunâtre, le jeu de mot était facile. Fred ira manger en ville des épices aux épinards dont il se souviendra longtemps. Le lendemain, nous allons à la bus-station. Le bus qui part pour Peshawar s'en va quinze minutes après notre arrivée. Pas le temps de retourner à l'hôtel, prendre nos affaires et revenir. Nous prendrons donc le bus pour Islamabad à 15h30 qui roulera pendant vingt-quatre heures avant d'arriver dans la capitale. En attendant, nous allons dans un coffee-net afin de poster nos écrits sur le blog. Au bout d'une heure d'écriture, coupure de courant !!!! Déprimés, nous allons déjeuner un plat bien épicé avant de partir. D'ailleurs, à partir de maintenant, tout ce que nous mangerons sera très épicé.

      Ces vingt-quatre heures de bus seront, sans aucun doute, le trajet le plus insupportable de tout le voyage. Du moins je l'espère !! Pour commencer, au bout d'une heure de trajet, installés sur les banquettes du fond, je dois laisser ma place à une famille composée d'une femme et de ses cinq enfants dont l'aîné ne dépasse pas la quinzaine. Je m'installe donc juste devant Fred et Léna. Il sont à présent huit (dix en comptant les deux poules) sur une banquette prévue initialement pour quatre. Dans les pistes de montagne, le chauffeur roule à toute allure, double les camions dans des virages en épingle sans aucune visibilité : une conduite à en faire pâlir Sebastien Loeb. Nous verrons sur la route quelques accidents pas réjouissants du tout. La nuit arrive et devient très vite un cauchemard. Tout d'abord, je maudis le barbu de devant d'avoir rabaissé son fauteuil. Ensuite, je maudis l'homme qui s'est allongé dans le couloir assez près de moi pour ne me laisser comme liberté de mouvement que les positions les plus inconfortables. Je maudis cet air conditionné qui me crache une énorme quantité d'air glacial au visage. Les sorties d'air étant cassées, je les boucherais avec un bout de tissu. Je me ferais d'ailleurs engueuler pour ça. Je maudis encore cette famille qui a pris ma place mais je maudis par dessus tout cette humidité qui devient de plus en plus insupportable au fur et à mesure que nous nous rapprochons de l'Indus. Bref la joie... Une consolation quand même au réveil, que dis-je, au lever du jour lorsque nous apercevons une végétation luxuriante. Nous avons quitté cet immense désert qui sépare l'Europe de l'Asie et en contrepartie, il pleut... Eh oui, nous sommes en pleine mousson. Nous arriverons à Islamabad vers 17h30 et serons complètement surpris par cette capitale verte.

       Le bus a fait quelques arrêts pour la prière, nous avons pris une heure et demi de retard. Ce n'est rien par rapport au temps que nous allons perdre en Inde. Nous arrivons à la bus-station de Rawalpindi : une ville trois fois plus peuplée qu'Islamabad mais plus petite. C'est là, que s'entasse les classes les moins aisées. A dix kilomètres, Islamabad. De grandes allées deux ou trois voies de chaque côtés, la ville est quadrillée. Des espaces immenses laissent la place à beaucoup plus de verdure que de béton. Nous nous arrêtons dans le secteur F-7 Sitara Market, à l'hôtel Simara. Nous arrivons dans un hôtel tout confort, nous avons même un cuvette de toilette, un luxe ! A l'arrière de l'hôtel, se trouve une grande cour où tous les jeunes jouent au cricket du matin au soir. Installés, lavés, nous partons pour Mac Do. Normal après ces vingt six heures de trajet pendant lequel on n'a mangé en tout qu'un paquet de gâteaux, un pain et un tchaï chacun. D'ailleurs, depuis que nous sommes arrivés au Pakistan, le thé est coupé avec du lait et des épices au Massala.

    Un maxi menu Big-Mac, un deuxième sandwich, une glace et ça repart. On commence vraiment à manger n'importe comment, pain vache qui rit (on en trouvera même en pot de 240g que l'on videra chaque jour), kebab, burgers. Au moins en Iran , on avait du riz à chaque fois. On entend parler d'un Bowling, on y va, c'est un grand complexe de jeux d'arcades, bowling et laser-store. Ce dernier ne fonctionnant pas, nous nous sommes rabattus sur deux parties de bowling, on a été mauvais, tres mauvais, tous ! Ce qui nous surprend, avant tout, c'est la marijuana qui pousse dans toute la ville. Imaginez des champs d'orties en Normandie : pareil ! Ils arrachent les femelles qui se consomment et laissent les mâles se développer. Évidement, face à cette invasion, toutes les femelles ne sont pas arrachées et, en nombre suffisant, elles continuent leurs proliférations. Par endroit, les pieds font trois mètres de hauteur, on dirait une forêt de jeune sapin. Dans le taxi, c'est une odeur tres forte que l'on ressent. C'est fou !

    Le lendemain, nous sommes le 3 août 2008, c'est l'anniversaire de Fred. il nous le répète depuis le départ, Iran, Pakistan Inde, il s'en fout, aujourd'hui, il veut boire ! Nous aussi, ça tombe bien . Nous nous mettons en recherche après un petit déjeuner bien copieux, oeufs, chapati et tchai. Le gérant de l'hôtel nous a dit où nous pourrions trouver de l'alcool, il est bien sympa, nous avons parlé pas mal de temps. Il nous explique que les seuls problèmes au Pakistan s'appellent Mucharaf.

    C'est donc dans les hôtels cinq étoiles que nous en trouverons, peut être. Nous prenons donc un rickshaw en direction de Islamabad Hotel, anciennement le Hollyday Inn. Depuis qu'il a changé de propriétaire, il ne vendent plus une goutte d'alcool. En route pour le second : le Marriot Hotel. Nous y entrons, nous sommes sans doute les plus pauvres et les plus sales de tout l'hôtel. Nous apprenons qu'ils vendent quelques bouteilles dans un beer-shop situé à l'arrière. Le type est parti manger, de plus, nous avons besoin de la licence (un permis octroyé aux touristes qui prend un mois à obtenir). Nous tournons autour de l'hôtel, un homme nous interpelle, nous propose de nous vendre des bouteilles à un prix faramineux. Non merci ! Nous sommes en quête mais pas totalement désespérés. Nous décidons de marcher jusqu'à l'ambassade française. Après une heure et demie de marche, nous tombons en face d'un grand bâtiment, joli mais fermé. Rien de plus normal un dimanche. Dommage, ils vendaient de l'alcool aux ressortissants français à des prix inférieurs et on aurait pu trouver des produits d'importation. Nous reprenons donc un rickshaw en direction du Marriot Hôtel. Le type est là et nous jouons la pitié. Je lui colle le passeport de Fred sous le nez et, preuve à l'appui, il consent à nous vendre deux bouteilles, non seulement sans licence mais aussi avec la réduction de l'hôtel. Que demander de plus, nous avons payé une bouteille de Whisky et une bouteille de Vodka pour 2500 Rps = 23 euros : production pakistanaise bien sûr.

      Nous rentrons à l'hôtel, allons dîner, puis sur internet, enfin nous récupérons notre linge, allons faire quelques courses dérisoires et c'est parti ! Dès les premiers verres, la tête nous tourne, cela nous fait un bien fou après ces vingt jours d'abstinence. A la fin des deux bouteilles nous nous endormons comme des masses.

    Le jour suivant n'a pas été très productif. On tente de changer des travellers, sans succès. Nous passons d'une banque à une autre et à chaque fois, on nous en recommande une autre. On se fait balader sur quatre secteurs avant d'en avoir marre. On finit par changer soixante dollars en espèce. Un mal de ventre commence à se faire sentir. Nous allons manger un Mac Do, ce n'était pas la meilleure idée de la journée. La fin de notre séjour à Islamabad n'est pas d'un grand intérêt, elle se résume à beaucoup de siestes et de passages sur internet.

    En parlant avec le type de la réception, nous avons appris que la zone de Chitral et les Kalash vallées étaient bien mouvementées. La police secrète et l'armée recherchent plusieurs membres actifs d'Al Qaeda et certains affrontements éclatent. Nous lirons même sur google news qu'une trentaine de personnes avaient été abattues. Vous en avez sans doute entendu parler, le numéro deux du groupe a encore feinté sa mort. Ça marche à tous les coups, chapeau ! De plus avec nos problèmes de travellers, nous n'avons plus trop d'espèces, notre séjour au Pakistan s'achèvera donc avec Lahore.

    Le mardi 5 août, vers 18h, nous sommes dans le train. Nous arriverons le soir même. Petit trajet au cours du quel nous avons rencontré un islamiste de 25 ans max, gentil, barbe longue, il ne s'est sans doute jamais rasé de sa vie. Il a tenté de nous convertir , ça nous a beaucoup fait rire. Nous arrivons vers 22h et nous tombons sur la meilleure auberge que nous ayons rencontré depuis le début, le Regal Internet In.

    Nous arrivons au Regale Internet Inn vers 22h30. Nous sommes directement surpris par la quantité de gars de la route qui résident ici. Nous rencontrons Baptiste, un jeune parisien étudiant à la Sorbonne, arrivé à New Delhi il y a une semaine. Plutôt sympa, nous sympathisons rapidement, d'autant plus que c'est le premier français que nous rencontrons depuis Tabriz. Notre timing est parfait, nous sommes arrivés un mardi, jeudi il y a la Sufi's night et vendredi, un artiste de musique Sufi très renommé au Pakistan vient jouer à l'hôtel pour les touristes. Nous resterons donc jusqu'à samedi midi.

    L'hôtel appartient à Malik : un homme d'une quarantaine d'années très drôle. Il a créé un journal politique il y a une vingtaine d'années et a travaillé dans le bureau du premier ministre. Ne se servant que dix ordinateurs sur les seize qui se trouvent dans les locaux du journal, il en a mis six à disposition des voyageurs dans une salle à part, devenant ainsi le premier Internet coffee du Pakistan. Un journaliste est arrivé un jour en demandant si il pouvait se servir jour et nuit des ordinateurs. Il faisait un papier sur le Pakistan et l'Afghanistan. Ce fut le premier vrai client du Regale Internet Inn puisqu'il a insisté pour payer ses nuits. A l'arrivée de Musharaf au pouvoir (mother fucker comme il l'appelle), Malik a perdu son travail au ministère et le journal qui était plutôt du côté de l'opposition en a sacrement souffert. Malik a été obligé de déménager son journal et a donc remplacé les ordinateurs, les bureaux et les imprimeries par des chambres et des dortoirs. Aujourd'hui, ce sont ses enfants qui travaillent et lui, passe son temps à discuter avec les voyageurs et à leur organiser des divertissements.

     Nous nous installons dans un dortoir près du toit. Le service est génial, un frigo dans lequel il y a des bouteilles d'eau filtrée pour tous, cuisine disponible, toilettes avec cuvette, deux ordinateurs sont restés dans la salle de réception au premier. La seule chose peu être un peu gênante sont les coupures d'électricité imposées par le gouvernement depuis le début de l'année. Cinq ou six par jours à heures fixes. Mercredi, au petit matin, nous rencontrons deux suisses, Guillaume et Laurent, et un français, Thomas, ils sont tous les trois arrivés par train tôt dans la matinée et se sont endormis sur les nattes qui constituent le sol d'une maisonnette au fond du toit. Ils se sont rencontres en Chine et arrivent du nord du Pakistan. L'hôtel étant référencé comme choix de l'auteur du Lonely Planet, tout le monde vient ici. Nous y rencontrerons également, Léo, un français, Faeza, une marocaine. Ces deux là constituent sans doute la base de la communauté du Regale Internet Inn. Ils sont arrivés ici il y a près de six mois. Mais aussi une multitude de routards venant de toute la planète et voyageant depuis bien plus longtemps que nous. Nous sommes quasiment les seuls à être limités dans le temps.

       L'après midi, nous prenons la route du poste frontière avec l'Inde, avec Baptiste, qui se situe à trente minutes de taxi, pour y voir la cérémonie de fermeture. C'est assez drôle, à la fois kitsch et solennel. Une chorégraphie de gestes synchronisés de chaque côté de la barrière, indiens et pakistanais se répondent, chacun faisant mine d'être le plus fort. Cette cérémonie étant devenue un vrai spectacle, des gradins en béton ont été construit et le public se compose de près de cinq ou six milles personnes de chaque côté. Il nous a fallu une bonne heure et demie d'avance pour être bien placés. Depuis que nous sommes de l'autre cote de l'Indus, le taux d'humidité atteint parfois quatre vingt dix pour cents. Nous transpirons à grosses gouttes lorsque nous ne sommes plus à proximité de ventilateurs. Vers 19h30, la cérémonie se termine, tonnerre d'applaudissements puis nous regagnons la ville.

      Arrive le jeudi : le jour de la Sufi's Night. La fête se divise en deux parties. L'après midi dans une salle immense, près de huit cents mètres carrés où tout le monde s'asseoit pieds nus en face d'une estrade pour écouter de la musique Sufi. Les danseurs entrent en transe au rythme de la percussion. Les artistes de succèdent assez vite puis reviennent, et se mélangent. A chaque chanson, la disposition des musiciens change. Nous sommes aux premières loges mais assez mal installés. Malik avait affrêté quatre rickshaws pour emmener tout le monde et nous a installé devant la scène. Le seul hic, c'est que tout le monde est serré et nous n'avons pas le droit d'étendre nos jambes. Au bout de deux heures, nous quittons le groupe, allons faire un tour puis rentrons à l'hôtel.

    Le soir venu, tout est différent. La soirée ne se passe pas au même endroit, elle se situe devant un grand cimetière, dans une petite place prévue à cet effet. La fête se reproduit tous les jeudis. Nous arrivons en nombre puisque d'autres touristes sont arrivés dans l'après-midi. Cette fois, près de deux cents pakistanais sont assis coude à coude sur la petite place. Les femmes sont interdites dans la soirée (c'était également le cas l'après midi) et normalement les touristes aussi. Mais Malik a un arrangement avec les organisateurs : ses touristes ont le droit de venir. A notre arrivée, le fils de Malik déplace tout le monde, il a l'habitude de mettre ses touristes à une certaine place et demande aux pakistanais de se déplacer. Certains attendent depuis près de deux heures, le ton monte mais ils finissent par s'exécuter. Les regards posés sur nous nous montrent que nous ne sommes pas les bienvenus, du moins, pas en aussi grand nombre. C'est un calvaire de rester là, assis, compressés, ne pouvant pas bouger. Le concert commence, et au bout d'une vingtaine de minutes nous craquons. Je vois Fred se lever et tenter une traversée vers le fond de la salle, je le suis sans hésiter une seconde. Nous traversons la foule en tentant tant bien que mal de ne pas marcher sur les gens. Notre déplacement agace et cela se sent, mais il était indispensable. Ce fut d'ailleurs la meilleure idée de la soirée.

    Debout, libre, nous parlons un petit peu avec quelques pakistanais qui nous offrent des cigarettes au haschich. Nous n'allons pas vous mentir, il est évident qu'a notre retour, nous aurons fumé quelques joints. Nous voyons une petite porte qui donne sur une autre cour dans laquelle il y a visiblement beaucoup de mouvement. Nous y entrons timidement et là, se découvre à nous la véritable soirée. C'est une petite entrée du cimetière. Quelques dix milles pakistanais sont assis partout sur les tombes, sur les toits des tombeaux et ça fume. Ça fume énormément. Tout le monde roule ses joints deux par deux. Incroyable ! Et dire que la loi est sévère, très sévère même. En réalité quatre-vingt dix pour cent des pakistanais fument le haschich. Même les policiers, une fois l'uniforme retiré, s'en donne à coeur joie. Je comprends pourquoi les femmes sont interdites : c'est pour éviter les discours moralisateurs. On dirait une cour de recréation géante. Nous marchons un peu à travers tout ce monde et très vite, nous sommes intégrés dans un groupe. On nous offre à manger et à fumer. Pour être polis, vous vous en doutez, nous acceptons. Le temps de nous rendre compte que l'on était dans un état second, il était déjà trop tard. Nos jambes tremblent, nos pas sont indécis. Nous nous excusons et nous partons en remerciant nos hôtes. Ils insistent pour que nous restions mais, nous n'en pouvons plus, et à la vitesse ou les joints tournent, ce serait vite dangereux. Nous sommes pris dans un courant vif de personnes qui rejoignent la sortie, nous ne pouvons plus faire autre chose qu'avancer au pas dans cette marée humaine. Sur un mètre de large, les gens se poussent se bousculent vont et viennent. Nous apercevons au loin le groupe de touristes, ils n'ont pas bougé excepté Laurent le suisse, et Léna qui est parti à notre recherche, en vain. Nous le retrouverons à la fin, lui non plus n'a pas passé la petite porte du cimetière. Nous nous installons dans un petit escalier près de la sortie d'où nous regardons longuement la foule circuler, monter et descendre des toits. Il devait y avoir pas loin de vingt, vingt cinq milles personnes ce soir. Le fils de Malik donne le coup de sifflet final, les rickshaws attendent, c'est fini ! Il faut rentrer même si la fête continue. Il est deux heures du matin, Fred et moi sommes les seuls a avoir été à l'arrière, les autres ne se doutent pas une seconde de se qu'il s'y passe. La fête était géniale mais l'organisation laissait à désirer. Il aurait mieux fallu que l'on vienne chacun de notre côté.

     Le lendemain, le réveil fut tardif et difficile. Nous avions fait des courses la veille et nous nous servons de la cuisine pour faire notre petit déjeuner. Nous allons faire un petit tour en ville autour de l'hôtel puis apprenons à Léo et Faéza à jouer au poker. En fait, nous n'avons pas fait grand chose à Lahore, nous avons surtout rencontré du beau monde. Le soir après la partie de poker, le copain de Malik arrive pour son concert privé. Au départ, j'étais dubitatif lorsqu'il m'annonçait que c'était le meilleur chanteur Sufi du Pakistan. Au bout de quelques minutes, plus personne n'en doute. Des rythmes de folie, c'était vraiment génial, bien meilleur que la veille, nous lui avons même acheté un CD. Nous sommes déjà vendredi soir, le temps passe très vite à présent, bien trop vite. Demain nous traverserons la frontière puis rejoindrons Amritsar, première ville indienne. Nous y retrouverons nos deux suisses et Thomas partis la veille. Ils dorment dans un dortoir gratuit près du Golden temple.

       Après un copieux petit déjeuner, nous prenons un rickshaw direction la frontière. Quarante minutes plus tard, nous entrons dans le premier bâtiment, pakistanais, pour y enregistrer notre départ. En passant nos sacs au scanner, les deux douaniers nous font un semblant d'interrogatoire. Ce fut assez drôle : " Vous aimez la drogue ? Vous êtes allés à Peshawar ? C'est très bien Peshawar pour la drogue ! Vous êtes sur que vous n'aimez pas la drogue ?". On rigole un peu, nous sommes sur de nous, nous n'avons rien à cacher. Un coup de tampon chacun et nous passons au bâtiment suivant. Cette fois, il est 16h03, la frontière est censée être fermée depuis trois minutes. Pour entrer  en Inde, notre interlocuteur nous met sa montre sous les yeux et après plusieurs palabres, il nous demande de l'argent pour nous faire entrer. Scandale ! On a palabré pendant quinze minutes, évidemment maintenant il est près du quart. Nous refusons quoi que ce soit et à 16h25, nous sortons notre passeport tamponné à la main.

       Nous partagerons donc, avec un couple de tcheques rencontré au Regale Inn, un rickshaw pour Amritzar. Les idiots ! Ils sont allés négocier un deuxième rickshaw pour cinquante roupies de moins, nous entrainant dans des palabres sans fin. La distance est la même, quarante minutes de rickshaw et nous y sommes. On nous dépose à quelques centaines de mètres du Golden temple. Dans la rue, beaucoup d'indiens vendent des foulards pour se couvrir la tête à l'intérieur de l'édifice. Nous faisons comme tout le monde puis grimpons les premières marches de l'entrée du temple. Nous contournons le bâtiment vers la gauche pour trouver le grand dortoir. Une cour traverse l'édifice de trois ou quatre étages, un bâtiment à l'arrière sert de toilettes/douche, sur trois étages également. Un seul dortoir est réservé aux touristes, il est complet. Nous y entrons quand même et nous retrouvons Thomas. Les deux suisses sont sortis fumer une clope. Dans tout le quartier du temple, nous n'avons pas le droit de fumer. Il faut faire un ou deux kilomètres pour que personne ne vous fasse signe de la jeter. A priori, l'amende est forte. Nous serons obligés de nous cacher, c'est un beau retour au lycée.

      On nous a donné une chambre en face du dortoir. La nuit est gratuite, mais il faut quand même donner quelque chose. Nous allons dîner dans un restaurant "veg", sainteté oblige, puis retournons au temple pour une visite. Tout d'abord, il nous faut entrer dans l'enceinte du temple pieds nus. Nous laissons donc nos chaussures dans la chambre qui se trouve à une dizaine de mètres de cette entrée. Nous traversons un couloir de marbre, sur lequel, une centaine d'indiens, majoritairement sikhs sont allongés sur le bat-flanc. Côté droit, les cuisines. Des cuisines pour nourrir et faire la vaisselle des quelques quinze milles couverts quotidiens. Les repas sont distribués gratuitement pour ceux ayant fait le pèlerinage jusqu'au Golden Temple. Au bout de l'allée, un pédiluve pour nous laver les pieds avant de descendre l'escalier qui donne sur la grande place. Du marbre partout, un immense lac entouré de ghats et le temple d'or qui trône au milieu. Nous en faisons le tour, nous arrivons pendant la cérémonie de sortie des écritures saintes. La salle est bondée de monde, et à quatre heures du matin, la cérémonie reprend pour remettre le livre en place.

    Le lendemain, après avoir fait un tour pour fumer et petit déjeuner, nous allons à la bus-station. Thomas nous accompagne, il part, avec son amie, directement à Manali alors que nous ferons escale à Dharamshala. Le bus part à 13h30 pour une dizaine d'heures de trajet. Nous voyageons de jour à présent à cause des bus, il n'y a plus aucun confort. Nous venons de passer la moitié du voyage, nous commençons à compter à rebours, ce n'est pas plaisant.

    Nous arrivons vers 21h à Dharamshala (1500 mètres d'altitude). Le trajet fut long et éprouvant, le chauffeur n'a pas fait de pause. Dans le bus, le petit groupe de touristes s'est rassemblé sur l'initiative de Véli, un Turc d'une trentaine d'années. Nous allons tous dîner dans le même restaurant conseillé par un autrichien, dans la vingtaine, qui travaille ici à l'année. Une bière, enfin, une vraie bière dans un vrai restaurant : le bonheur. A la fin du repas, Veli a rencontré un indien, Manu, avec qui il a sympathisé tout de suite. Ils nous attendent en bas du restaurant, Manu nous conseille un hôtel pas mal, pas cher. Nous nous méfions un peu mais Véli a l'air confiant, nous apprendrons par la suite que c'est son premier voyage en Inde. Ça ne rate pas, au moment de se quitter, Manu demande cent roupies pour son aide. Well Come in India.

    Nous avions acheté quelques bières avant de rejoindre l'hôtel qui se trouve à Mc Leod Ganj (1700 m), à près d'une dizaine de kilomètres de Dharamshala. Ce village est très touristique et rempli de tibétains venus en exil rejoindre le Dalaï-Lama. Le premier soir, nous ne voyons rien de tout cela. Nous sommes sur le toit de la Loling Guest house buvant nos bières en expliquant à Véli que les amis en Inde ne se font pas en cinq minutes. Il est un peu déçu d'avoir placé sa confiance si rapidement. Je partagerais ma chambre avec lui puisqu'il n'y a plus de chambre pour trois. Au réveil, vers onze heures, Véli est déjà parti en ville sans faire un bruit. Je rejoins Fred et Léna sur le toit, il pleut. Il pleuvra presque tous les jours à présent, ce qui bloque sacrément nos ambitions de vadrouille. Nous allons déjeuner en ville, la pluie ne s'arrête qu'à la fin du repas. A priori, les heures de pluie sont fixes, il y a une pause tous les jours entre 14h et 19h. On en profite pour aller voir le temple tibétain juste en face de la maison du Dalaï-lama-Lama. Nous savions qu'il était en France pendant cette période, mais ce n'est pas grave, avec ou sans lui, la prière reste un grand moment. Nous n'avons pas pris l'appareil photo, nous reviendrons donc le lendemain. Sur le retour, nous nous arrêtons dans un café Tibétain, flambant neuf. A notre grande surprise, il ont du café, du vrai, de l'expresso. A la vue du café en grain dans la machine, je craque, j'en commande un double. Fred et Léna n'ont pas l'air trop en manque, ils prennent un thé vert tibétain.

     Nous allons dîner, puis rentrons à l'hôtel. Je retrouve Véli qui lui a bien marché aujourd'hui, la preuve en est : il est trempé. La pluie nous freine vraiment. Nous avons du mal à nous motiver et à sortir. Le lendemain, nous prendrons tout de même la route de Dharamshala, par le petit chemin qui coupe à travers bois. Cette petite balade en montagne d'à peu près une heure et demie nous a fait un bien fou, nous avons croisé plusieurs temples tibétains. Une fois en bas, nous avons directement pris un taxi pour remonter vers Mc Leod Ganj. Nous nous arrêtons dans le même Tea-shop puis allons dîner avec Veli dans le même restaurant que la veille. La population de Mc Leod se compose au tiers d'indiens, au tiers de tibétains et de dernier tiers et bien... ce sont les touristes. D'un côté, nous sommes un peu déçus d'en voir autant, ce qui n'était sans doute pas le cas il y a quelques années, mais d'un autre côté, nous voyons enfin des femmes.

      Nous sommes restés trois nuits à Mc Leod, nous prenons au matin du troisième jour un bus qui monte sur Manali. Encore  dix ou onze heures de bus pour rejoindre cette "station balnéaire" à 2200 mètres d'altitude. Évidement pas de neige, mais de la pluie et un décor de montagnes tropicales.

        En fait il y a plusieurs villages. Sur notre flanc de montagne, il y a New Manali, ou nous arrivons, et old Manali, où nous allons nous installer, un peu plus haut. De l'autre côté de la vallée, se trouve Veshisht, un autre village, vide de touristes, ou presque. Depuis quelques années, Manali est devenu un incontournable lieu touristique en Inde du nord. N'y étant pas venu la première fois, nous étions un peu obligés de passer par ici. Un peu plus au nord, à dix sept heures de bus, se trouve Leh, la capitale du Ladak, aux alentours de quatre milles mètres d'altitude. Nous n'irons pas par là, nous n'avons pas assez de temps, nous le réservons pour un autre voyage.

      Nous arrivons en fin de journée, le trajet a été horrible, comme d'habitude. Nous nous installons à Old Manali, dans le Manu Guest-House. Elle nous avait été recommandée par Faeza, la marocaine rencontrée à Lahore. L'auberge est parfaite, nous avons une grande chambre pas chère, salle de bain avec WC à l'occidentale. Une multitude de services sont disponibles : taxi et bus booking, laundry, change, restaurant, parrapente, trekking, billard, il y a même une salle de jeux avec télévision et lecteur DVD. Nous n'avons pas à sortir de l'hôtel pour vivre, excepté peut être pour aller chercher des cigarettes. D'ailleurs, le premier jour, nous ne mettrons pas le pied dehors tellement il pleut. Il ne s'est pas arrêté de pleuvoir de la journée, nous jouons beaucoup aux dés, j'arrive à plumer Fred de 560 roupies que j'aurais vite fait de perdre le lendemain.

      En défaisant nos sacs à dos, on a eu une mauvaise surprise. Leurs contenus étaient trempes, certains vêtements, notamment ceux que Fred avait acheté à Dharamshala, ont déteint, bonne crise de rire. Nous rencontrons Jérôme, la trentaine passée, ça fait pas loin de douze ans qu'il voyage en Inde, il nous apprend pas mal de trucs et nous file quelques bons conseils. Le second jour, nous partirons dès le matin, profitant d'une accalmie, en direction de Veshisht. Nous marchons près d'une heure et demie avant d'arriver sur un départ de trekking (randonnée). Nous ne sommes pas équipés pour, mais nous tentons le coup. Fred part en tête, je le suivrais quelques minutes plus tard, Léna nous attend un peu en contre-bas avant de se décider à nous rejoindre. Nous croisons un couple faisant du canyoning, nous les regardons descendre en rappel les vingt mètres de chutes qui les séparent de nous, puis nous retournons sur nos pas. Fred a envie de continuer, Léna et moi rebroussons chemin en direction de Manali, nous laissons Fred à ses cascades. Une fois rentrés, nous déjeunons, jouons aux dés, passons notre temps dans le petit salon et retrouvons Fred en fin d'après midi, trempé. Arrivé aux chutes d'eau, il a tenté par trois fois de grimper sur un rocher, la troisième fut la bonne, il a chu. De l'eau jusqu'aux épaules, l'appareil photo ne fonctionne plus, et sa poche ventrale avec passeport et travelers chèques est trempée. Encore une crise de rire. Une fois au sec, il nous rejoint sur le plateau de dés sur lequel il se refait.

      Il nous sera plus facile de rejoindre le Népal en passant par la frontière sud. Nous décidons donc de rejoindre Delhi, puis Agra dans la journée du lendemain. Près de vingt heures de bus pour Delhi puis trois heures de train pour Agra. Nous appréhendons un peu ces vingt heures de bus, de nuit obligatoirement puisque le départ est fixé pour 16 heures. Nous dînons en vitesse, le jeune cuisiner, la quinzaine, fait des sizzlers délicieux. Quelques morceaux de poulet grillé à souhait dans une crème épaisse avec des légumes et du riz, le tout sur une plaque grésillante. Nous avons bien profité du restaurant de la Manu Guest House, nous n'avons pas mangé ailleurs, la note de fin de séjour s'élève à 5150 roupies (75 euros) tout compris.

       Le dernier jour, nous récupérons notre lessive, et préparons les sacs. Fred qui était parti voir un temple tibétain pendant notre petit déjeuner nous ramène deux jeunes vendeurs de safran. Après moultes discussions, nous leurs achetons cent trente grammes de safran rouge du Kashmir pour un total de vingt neuf euros. Bonne affaire, ou pas. Nous ne nous y connaissons pas assez. Encore faut il réussir à le revendre en France. Nous descendons à New Manali assez en avance pour avoir le temps de faire un tour sur internet. Le bus ne nous donne vraiment pas envie, mais bon, assez rêvassé, à présent il faut bouger.

      Le trajet s'est plutôt bien passé. Fort de notre expérience, cette fois nous avons évité de nous placer derrière l'essieu. Fini les sauts toute la nuit et même si nous sommes les uns sur les autres, nous arrivons à dormir. En milieu de matinée, nous arrivons à Delhi, négocions un rickshaw qui nous emmène jusqu'à la gare de train. Nous arrivons, achetons un billet de seconde classe, erreur à ne pas faire en Inde, puis nous montons en spleeper class. Le trajet dure trois heures, au premier contrôle, le contrôleur relève notre fraude et nous demande de changer de wagon, sinon il verbalisera lorsqu'il reviendra, trois cents roupies par tête (environs cinq euros). Nous tirons une pièce, la pièce nous dit de rester, nous restons, au pire... C'est cinq euros ! Un autre contrôleur, une heure plus tard cette fois, il nous demande juste la différence de prix entre les deux classes. Magnifique, la pièce avait raison.

      Nous arrivons en gare d'Agra et nous nous réfugions en taxi vers le Mac Do. Il pleut des cordes. Un menu chacun, un second chicken burger et une glace plus tard, nous rejoignons l'hôtel. Le chauffeur de taxi parle bien anglais, il mange au Mac Do avec nous et nous montre comme cela se fait d'habitude ici, son petit carnet avec les notes des touristes à qui il a servi de guide. L'hôtel est assez cher, 600 roupies la nuit, il pleut des cordes et le voisin est complet, nous n'avons pas trop le choix. Une fois enregistrés, installés et lavés, nous montons sur le toit pour apprécier la vue du Taj Mahal. Nous sommes venus à Agra pour Léna, il n'a jamais vu le Taj Mahal, nous lui conseillons de le faire au lever du jour le lendemain. Mille roupies combinées avec la visite du fort rouge, c'est un peu trop pour quelque chose que l'on a déjà vu. Nous sortons, il fait déjà nuit. A moins de cent mètres, sur une petite place, se trouve une réunion de musulman qui font la fête. C'est un concert assez sympa quoi qu'un peut bruyant. Nous allons dîner dans un restaurant que nous avions fréquenté deux ans auparavant. C'est assez drôle de revoir les lieux, le propriétaire n'a pas changé, il ne se souvient pas de nous. Quoi de plus normal vu la quantité de touristes qui a dû passer en deux ans. D'ailleurs, il y en a de plus en plus en Inde, années après années, l'engouement pour l'Inde grandit. Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas nous plaindre, nous faisons parti de cette masse.

       Du coup, assez motivé la veille, Léna n'a pas pu se lever tôt, il ouvre les yeux vers dix heures du matin. Nous petit déjeunons puis allons tous ensemble à pied au Taj. Devant l'entrée, nous nous séparons, Fred et moi donnons rendez vous à Léna vers 13h30 à la sortie du fort rouge. Nous trouvons un rickshaw et négocions pour cinquante roupies  le trajet jusqu'à la seconde gare de train au départ de laquelle nous pouvons rejoindre Varanasi : La grande et inoubliable Bénares. Nous rencontrons deux petites autrichiennes, assez charmantes et qui nous font pas mal de sourires. Fred et moi sommes aux anges. Il n'y a plus de place pour le soir même. Nous devons prendre un autre train qui part de la gare de Tundla à vingt neuf kilomètres au nord d'Agra. Nous sortons attendre ces demoiselles puis les rejoignons en rickshaw. "Nous allons sur la rive à l'arrière du Taj, vous voulez monter? - Non, désolées, nous allons à Fatpur Sikri vous voulez venir ?" Satané Léna !!! Décus, nous le maudissons sur le trajet qui nous emmène, seuls, derrière la grande tombe de marbre.

      Nous y rencontrons les mêmes enfants qu'il y a deux ans, un seul est assez âgé pour se souvenir de nous. Nous faisons un tour avec lui dans les environs. Le chameau n'est pas le même, l'ancien est mort il y a sept mois. Des barbelées ont été installes sur la rive depuis et il y a toujours autant de touristes en face de nous. Nous avons convaincu le chauffeur de nous laisser conduire son rickshaw sur la même route où nous nous y étions essayés il y a deux ans. Nous faisons quelques allers-retours puis allons faire le tour du fort rouge au milieu des écureuils en attendant Léna. Nous négocions le rickshaw pour la journée à cinq cents roupies comprenant le trajet pour aller à Tundla le soir même. Il accepte si nous faisons également le tour des quatre magasins grâce auquel il touchera deux cents roupies de commission. Léna arrive et c'est parti pour le tour. Évidemment, nous n'achetons rien, c'est juste pour la forme. Le premier est très quelconque. Le second a plus des air de musée que de magasin, sur trois ou quatre étages, des étoffes, des bijoux, des statues et du marbre. Certains prix dépassent le million de roupies. Le troisième magasin est un fabricant de tapis. Nous suivons donc la visite guidée de l'apport de la matière première au produit fini. C'est plutôt constructif et joli. Nous nous faisons passer pour des entrepreneurs qui font le tour des grands magasins d'Agra en quête d'un gros buisness. Avec nos accoutrements, personne ne doit nous croire mais on s'amuse pas mal. Le quatrieme magasin était plus petit et de bien moindre intérêt. Une fois ce petit tour achevé, nous rejoignons l'hôtel pour nous mettre sur internet pendant le peu de temps qu'il nous reste avant de partir. Le rickshaw refera sa ronde le lendemain pour récupérer son argent.

      Il nous a fallu pas moins d'une heure de rickshaw pour parcourir vingt neuf kilomètres. Nous attendons le train au milieu d'un millier de sauterelles. Fred sursaute à chaque fois qu'il y en a une qui lui atterri dessus. Une demi heure de retard ; nous montons dans la Sleeper-Class 7. Nous serons dans ce train jusqu'à 5h30 du matin. Parfait pour voir le lever de soleil sur le Gange.

     Cinq heures vingt, nous sommes debout. La tête par la porte du train (elles sont toujours ouvertes en Inde), nous cherchons à apercevoir le pont qui traverse le Gange. Pas de pont cette fois, nous arrivons par l'ouest directement en gare de Varanasi. Pas de lever de soleil, grosse déception. Il pleut, nous sortons de la gare et demandons à un rickshaw de nous emmener au Ghat principal. Quelques minutes plus tard, nous y arrivons mais ne reconnaissons pas les lieux. Nous pensons ne pas être au même endroit qu'il y a deux ans donc nous nous engouffrons dans les ruelles par la gauche. Nous recherchons la Vinshu Guest House mais elle n'est pas du tout de ce côté. Nous vadrouillons dans les ruelles, toutes semblables et toutes crasseuses. Déjà à six heures, il y a du monde dans les rues, c'est le "Puja time" : l'heure de la prière. Le rituel est quotidien, à mi-hauteur dans le Gange, on se lave, on se jette trois gerbes d'eau par dessus l'épaule puis on boit trois gorgées du fleuve saint. Saint dans un sens, certainement pas dans l'autre. Le Gange doit être la plus grande poubelle, la plus grande baignoire et le plus grand cimetière au monde.

       Un petit paragraphe pour décrire Bénares. Certains vont adorer, d'autres, envie de vomir. Tout d'abord, il est nécessaire de savoir que cette ville a été construite par les pèlerins qui venaient soit prier, soir mourir ici. La ville s'écrase sur le Gange. Avec la crasse qui y règne, Varanasi doit être le plus grand foyer d'infections au monde. Lèpre, gangrène, polio, choléra, peste, rage, coqueluche tout grouille ici. Évidement, il suffit de rester propre et de ne pas faire n'importe quoi pour ne pas être exposé. Dans les rues, la vie foisonne jour et nuit. Des quartiers s'agglomèrent autour de ghats principaux. Tous semblables, il est quasiment impossible d'y prendre des points de repère. Des petites ruelles qui s'entrecroisent forment un immense merdier dans lequel il faudrait passer quelques mois pour commencer à connaître. Et encore...Les ruelles sont si étroites qu'il n'y a de place que pour trois hommes au plus. Certains problèmes apparaissent lorsque deux ou trois vaches décident de faire la sieste en plein milieu du passage. Les Indiens les touchent à peine, ils émettent un son assez bref pour les faire bouger. Dans toute l'Inde, aucune agressivité ne peut être portée à l'égard de ces êtres saints. Rapport à la maternité, ainsi qu'au transport de Shiva, elles marchent tranquillement, perdue dans les rues de Bénares. Elles se nourrissent ici principalement de sac plastique, affiches collées aux murs et quelques végétaux qui traînent dans les caniveaux des marchés. Elles ont parfaitement leurs places ici, aussi bien que les touristes ou les chiens errants. Tout le monde se croise dans la plus totale indifférence. Le seul vrai ganger que l'on puisse rencontrer, autre que les excréments, ce sont les charges. Lorsque deux mâles se battent, il faut s'écarter. Et vite ! Certains bestiaux sont plutôt impressionnants, rien a voir avec nos vaches de Normandie.

    Et puis, il y a les crémations. Les Indiens brûlent leurs morts. Ceux qui sont assez riches, ont l'argent pour s'acheter du bois de bonne qualité. Les autres ne brûlerons pas complètement, les extrémités des membres, pas totalement calcinés, sont jetés dans le Gange encore saignantes. Certains, assez pieux, sont déposés, sans crémation, dans le fleuve saint et flottent ainsi jusqu'à venir s'échouer entre deux barques quelques kilomètres plus loin. A quelques dizaine de mètres, les enfants s'amusent, sautent, plongent et barbotent toute la matinée.

      Assez parlé du côté crasseux de cette ville. Bénares, ce n'est pas ça. C'est avant tout l'atmosphère qui y règne. Un sentiment de liberté infinie ; la foi et le respect des indiens pour la nature et pour la vie. Tout n'y est qu'harmonie. Évidemment, certains singes se prennent une pierre sur la tête lorsqu'ils entrent dans les maisons ou volent du linge sur les toits. Ceux là, ne respectent rien. L'important, c'est que tout y est à sa place.

      Au bout d'un quart d'heure de marche au travers de ces ruelles, nous sommes perdus. Nous trouvons par hasard un hôtel : la UMA Guest House. Nous entrons, c'est une boulangerie. Nous montons sur le toit en empruntant des escaliers sombres et raides, et visitons la chambre. Un lit triple, un canapé, deux cents roupies la nuit (3.20 euros). Nous restons. Le seuil de la fenêtre est à hauteur de lit. Nous avons vue sur une autre Guest House, sur une école et sur le Gange. L'école, nous l'apprendrons plus tard, est dirigée par la même famille que la Guest House. Michael, un allemand qui vit ici depuis trois ans, a eu une démarche admirable : les femmes dispensent des cours gratuits, les repas et les soins le sont également. Nous sommes les premiers clients en quatre mois. Avant nous, deux autrichiennes étaient venues, bénévoles, donner des cours aux enfants. La machine à sous de cette entreprise familiale est la German Bakery qui se trouve trois rues plus loin. Il y a trois ans, Michael a révolutionné la vie de la famille d'Uma. Il a créé une boulangerie allemande qui fait des pains de mie et des baguettes. On peut y trouver du jambon et tout un tas de plats occidentaux ; il y a même du roblochon. La nourriture, assez chère, y est si bonne qu'à présent, plus rien ne nous manque. Peut-être un rumsteak quand même. Ce lieu est très touristique, tout le monde vient s'asseoir sur ces coussins relevés écouter le concert du soir. La boulangerie est gérée par l'allemand et le fils d'Uma (la matriarche). Shankar, le patriarche, reste à présent sur le toit de son hôtel, profitant, du haut de ses soixante cinq ans, de sa retraite bien méritée.

     A notre arrivée, une espagnole se pavane sur le toit de la Guest House d'en face. A moitié nue, elle fait des tours sur le toit sachant pertinemment que nous sommes à notre fenêtre, les yeux fixés sur elle, comme des enfants. Quelque temps plus tard, une soixantaine de singes viennent traverser le pâté de maison, brisant ainsi le sérieux des écoliers, juste en amont à gauche, dont les punis restent à l'extérieur de la salle de classe. De notre fenêtre, nous avons le plaisir, chaque jour, de voir déambuler les petites touristes en surchauffe d'instinct maternel.

      Après nous être assez reposés, nous sommes sortis en ville. Nous nous sommes perdus assez vite et après avoir trouvé non sans mal une vraie rue, nous nous arrêtons dans un restaurant. Très bon lui aussi, nous nous gavons. Pas très loin, nous reconnaissons la rue ou le rickshaw nous a déposé au petit matin. Nous reconnaissons également, maintenant que la ville est agitée, la rue du Ghat principal près duquel nous étions installés il y a deux ans. C'est la même. Nous prenons la route de la Vishnu Guest House que nous avions jadis fréquentés. Nous la retrouvons sans problème au travers des petites ruelles de Bénares qui n'ont pas changé excepté une touristification certaine. Imaginez la surprise lorsque nous entrons et que nous retrouvons un couple de Besançon que nous avions rencontré deux ans auparavant à quelques jours près dans la même Guest House. Nous nous installons et buvons un massala tchaï en nous remémorant nos souvenirs. Cette fois, ils sont venus pour deux mois, juste en Inde. Au bout d'une heure, nous rentrons tranquillement dans notre Guest House n'ayant qu'une vague idée du chemin à suivre. Nous y arrivons sans trop de mal puis partons à la recherche des crémations. Le spectacle est tout aussi édifiant que la première fois. Nous avions oublié la chaleur et l'odeur des Burning Ghats. Les crémations ont lieu vingt quatre heures sur vingt quatre. Les photos sont strictement interdites, un journaliste américain a réussit cependant à prendre quelques clichés. Vingt deux au total pour 2500 roupies, environ quarante euros. Je note son adresse mail sur un bout de papier que je perdrai dans la soirée.

    Sur le retour, nous trouvons par hasard la German Bakery. Nous allons faire un tour sur internet pas très loin. La pluie tombe à torrent. Nous restons sur internet en espérant que cela se calme puis abandonnons notre attente vers vingt-trois heures. Il fait nuit noire, nous sommes à quelques ruelles de l'hôtel et en moins de vingt mètres, nous sommes trempés. Nous trouvons directement le chemin du retour, heureusement ! Le lendemain, nous apprendrons qu'il n'avait pas plu comme cette nuit depuis près de sept ans. Au petit matin, les passants ont de l'eau jusqu'aux genoux. Toutes les eaux de Bénares se jettent dans le Gange, des torrents se forment à l'approche des Ghats. Le courant s'y fait si violent que personne ne s'y aventure. Vers 16h, les rues sont sèches.

      Nous prenons un petit déjeuner dans la German Bakery. Deux oeufs sur le plat, du bacon, du vrai pain grillé et du thé. Cela fait un moment que nous n'avons pas mangé de porc, c'est un régal. Nous retournons faire un tour en ville, repassons à la Vinshu Guest House, assurant encore une fois au gérant que nous viendrons nous installer chez lui, il n'en sera rien. Nous faisons quelques achats inutiles et marchons dans les ruelles. Nous passons beaucoup de temps avec le personnel de la boulangerie, de l'école, avec le patriarche et son frère cadet.

          La troisième journée à Varanasi n'a pas été très mouvementée, nous commençons déjà à prendre nos habitudes. Petit déjeuner à la German Bakery, un petit tour en ville puis nous retournons à la Uma Guest House. Nous y faisons une lessive à la main, n'ayant plus rien à nous mettre. Kake Babu, le frère du patriarche, m'a même donné une chemise indienne tellement nous étions en manque de vêtements propres. Kaké Babu est bien impressionnant. Il mesure dans les 1m60, pèse dans les clinquantes kilos et atteint aujourd'hui le noble age de cinquante six ans. Il est pigeonnier, il a une quinzaine de pigeons, tous blancs. Il est allé en immerger un, dans le fleuve sacré cette après midi, qui était mort dans la matinée. L'Allemand n'a plus rien d'un occidental. Vêtu d'une serviette la plupart du temps, il va faire sa prière avec Kaké dans le Gange et en boit l'eau de temps à autres. Nous y songerons à plusieurs reprises sans avoir le courage d'y aller. Le soir, nous retournons à la German Bakery, puis, après un bref instant sur Internet, nous rentrons envisager la suite des événements. Ils ne nous reste que deux semaines, il s'agit d'user intelligemment de notre temps. Un bus part samedi pour la frontière. En fait il y en a tous les jours, et certains trains peuvent nous amener en une nuit à Ghorakpur. Nous décidons de partir samedi : c'est dans deux jours. Nous perdons un peu de temps, mais la vie à Bénares regorge de surprises.

        Nous nous faisons réveiller par Mickael, l'Allemand. Il s'en va le lendemain pour Delhi et a besoin d'une série de photos pour le webmaster de son site. Il passera deux jours à Delhi, puis il prendra un avion pour Vienne d'où il rejoindra l'Allemagne par la route. C'est d'accord mais un peu plus tard. Nous nous levons, et nous nous lavons, Fred s'en va déjeuner à la German Bakery, nous restons. Lena et moi descendons voir un peu de quoi il retourne. Il veut installer les enfants dans la grande pièce à cote de notre chambre puis sur un toit en contre-bas. Nous commençons les prises dans la salle de cours de tablas (percussions traditionnelles indiennes) auxquelles nous nous essayons avec grand succès. Nous nous sommes amusés avec les enfants pendant une trentaine de minutes puis avons partagé leurs repas : un Dal Rice qu'il mangent tous les jours. Nous mettons les photos sur l'ordinateur portable de la famille, et nous expliquons aux femmes comment faire pour les retrouver facilement. Fred revient un peu plus tard, et nous partons tous ensemble dans l'objectif de dîner. Nous tombons par hasard sur la prière au bord du Ghat principal. Près de cinq cents personnes sont réunies autour de sept estrades. Une vingtaine de bateaux sont amarrés les uns aux autres, remplis de touristes et d'Indiens mitraillant la scène. Nous nous installons dans un restaurant, un peu surélevé, voyant de dos, les jeunes indiens exécuter le puja time. Leurs gestes sont parfaitement synchronisés, la musique est douce, ils offrent au fleuve de l'encens, des pétales et du parfum. Le spectacle dure une bonne demi-heure puis nous allons dîner à la German Bakery. Nos affaires sont plus ou moins sèches, nous partons demain.

       Nous avions prévu de nous lever tôt, il n'en sera rien. Nous avons même retardé le depart jusqu'à 22h. Nous n'avons rien fait dans cette journée de samedi. Nous avons attendu. Fred et Léna sont allés acheter des billets de train pour Ghorakpur. En vélo rickshaw, cela leur a pris près de trois heures. De plus, ils se sont arrêtés pour faire des achats souvenirs. Pendant ce temps, j'ai passé mon après midi à converser avec Kaké. Nous allons dîner dans un bui-bui pour touristes, les murs sont recouverts des mots des voyageurs satisfaits, le repas y est bon et l'ambiance très bruyante. Sur le moment du départ, Kaké nous couvre de cadeaux pour la route, plusieurs gâteaux et quelques samossas. Nous prenons le départ pour le trajet le plus long et le plus fastidieux que nous ayons fait jusqu'à présent.


     

    Lénaïc

    Je n'aime pas traverser les frontières. C'est toujours de longs trajets, les rickshaws qui nous escroquent, on se fait avoir sur le taux de change, les villes frontalières sont moisies avec une concentration de misère plus élevée qu'ailleurs. Depuis Bénares nous devons rallier Pokhara au Népal. Apparemment le trajet devrait être tranquille: sept heures de train de nuit en wagon couchette plus deux heures de bus suivies d'une demande de visa et enfin huit heures de bus. Arrivés à 23h à la gare de Bénares, notre train a quinze minutes de retard. C'est le retard syndical. Le trajet commence bien, le train roule tranquillement. Normalement nous serons à Pokhara le dimanche en fin d'après midi.

    Au bout d'une heure, le train s'arrête. Il ne repartira que deux heures plus tard, allez savoir pourquoi. Bon, deux heures ce n'est pas trop grave, nous sommes sur des couchettes et nous avons une bonne marge de manoeuvre. Le dimanche matin, nous arrivons à Ghorakpur à 9h30 (les deux heures de retard ne se sont pas transformées en quatre heures ou plus), il nous faut maintenant prendre le bus jusqu'à Sunauli.

    Sunauli est la ville frontière avec le Népal, des bus y vont toutes les heures environ. A la sortie de la gare, nous nous dirigeons vers la rue d'où partent les bus pour la frontière. En chemin, un Indien propose à Fred de prendre le billet de bus par le biais d'une agence de voyage. Mal réveillé, il suit le mec dans son bureau. William et moi faisons un rapide calcul : le trajet devrait nous coûter un peu moins de six euros jusqu'à Pokhara. L'agence de voyage propose le trajet à dix euros. Nous nous sommes toujours débrouillés seuls, nous continuerons à nous débrouiller seuls. En sortant du bureau, nous marchons vers le bus pour Sunauli. Il est sur le départ, nous montons rapidement après avoir jeté nos bagages dans la soute. Il est 10h du matin, à midi nous serons à la frontière et aux alentours de 21h à Pokhara pour une bonne douche et un repas.

    Le bus est bondé. William est devant, Fred au milieu et moi au fond. Je discute vite fait avec un coréen qui fait le même trajet que nous avec ses potes. Après quarante cinq minutes de trajet Fred se tourne vers moi et me demande si c'est moi qui ai son petit sac a dos. Je n'ai pas son sac, William non plus, et Fred ne le trouve pas autour de lui. Le bus s'arrête pour qu'il puisse vérifier dans la soute. Fred remonte les mains vides, et là c'est le drame.

    Contenu du sac à dos : trousse de toilette de Fred, trois livres, lonely planet Nepal, un jeu de carte, mon appareil photo mais surtout nos passeports à Fred et à moi ainsi que nos travelers chèques, cartes bleues et les dollars pour payer le visa népalais.

    Après cinq minutes de réflexion nous comprenons que Fred a oublié le sac dans le bureau de l'agence de voyage. Nous demandons au bus de s'arrêter. Le chauffeur nous rembourse une partie du billet. Nous négocions avec un rickshaw le retour sur Ghorakpur. Évidemment, il essaye de nous escroquer en demandant trois fois le tarif normal mais rapidement, il s'aperçoit que ça ne marchera pas et il nous demande le prix normal.

    Le trajet est un peu tendu et nous commencons à envisager les differentes solutions possibles suivant ce que nous trouverons dans le sac à notre arrivée. En effet, avec l'explosion du tourisme en Inde, les agences de voyage ont poussé comme des champignons espérant gratter quelques centaines de roupies sans forcément être à cent pour cent honnête. Des dollars et des euros en liquide sont une aubaine. Nous nous attendons donc à retrouver uniquement nos deux passeports et nos travelers. Cela signifierait l'abandon du Népal (le visa est payable uniquement en dollars). Arrive à Ghorakpur, nous payons le rickshaw quinze roupies par tête, le prix convenu, mais celui ci nous demande plus. Nous ne sommes pas d'humeur (mais vraiment pas) et la façon dont nous lui répondons lui passe l'envie de continuer. Arrivés à l'agence de voyage, le sac est là. Le gérant l'a mis de côté. Nous l'ouvrons pour vérifier, tout y est, même le cash !!

    Nous les remercions et repartons aussitôt pour Sunauli avec le bus suivant. Nous commençons à perdre du temps. Le bus est quasiment vide, nous en profitons pour dormir un petit peu. Arrivés aux alentours de 15h à Sunauli, un kilomètre à pied pour rallier le poste frontière. Sunauli ne déroge pas à la règle des villes frontières moisies qui donnent envie de partir le plus rapidement possible. Nous allons au bureau côté indien (une simple table sous une bâche, ça a de la gueule), un formulaire à remplir et un coup de tampon sur le passeport. Le chef des douaniers nous demande (évidemment) un bakchich de 50 roupies par personne pour le coup de tampon. Nous lui expliquons que nous n'avons plus de roupies indiennes (ce qui est faux) et bien qu'il est était fort sympathique jusqu'à présent, il change d'attitude et nous dis de partir sur un ton assez désagréable.

    Nous traversons la frontière. Il nous faut maintenant obtenir le visa népalais. Première bonne nouvelle de la journée, le visa coûte vingt cinq dollars et non trente comme nous le pensions. Deux formulaires et vingt-cinq dollars de moins plus tard, nous voila avec un nouveau visa sur notre passeport et le droit de rester quinze jours au Népal. Nous n'avons pas mangé depuis hier soir, il est temps de nous restaurer avant de prendre le bus.

    Nous changeons un peu de monnaie et entrons dans un restaurant-hôtel qui a l'air moins miteux que les autres. Là, nous retrouvons les Coréens. Nous discutons pour savoir comment aller à Pokhara, s'ils se sont renseignés. Ils ont pris leurs billets par l'intermédiaire du gérant de l'hôtel, apparemment c'est la meilleure solution, d'après eux... D'après eux ! Nous partirons donc à 18h pour arriver à 6h du matin à Pokhara. Douze heures de bus pour faire moins de 300km.

    18h, le mec nous met dans le bus. Nous avons très chaud, et le chauffeur prend son temps. Après vingt minutes d'attente, nous partons enfin. Juste avant d'arriver à la Bus Station, située à 3-4 km de la frontière, le contrôleur vérifie notre billet et nous demande si nous allons bien à Pokhara. Nous lui répondons que oui. Pas de chance, le bus va à Katmandou. Décidément, aujourd'hui on accumule les galères. Deux solutions s'offrent à nous : soit nous changeons de bus, soit nous restons dans celui-ci et payons un nouveau billet. Payer en plus alors que le mec qui nous a vendu les billets c'est planté, il n'en est pas question. Nous prenons donc un rickshaw pour retourner le voir et qu'il trouve une solution.

    Arrivés sur place nous lui expliquons la situation. Il a l'air de bonne foi et essaye de nous trouver une solution. Il est déjà 19h, normalement nous devrions déjà être arrivés à Pokhara. Le prochain bus est à 20h. Le petit détail qui fait la différence est que nous prenons ce bus, qui va rejoindre celui parti à 18h, et nous monterons dans ce dernier pour la fin du trajet. Il nous attendra donc pendant trois heures environ. C'est très con mais c'est comme ça. Nous avons deux places chacun car il y a peu de monde, cela nous permettra de nous reposer un peu. Juste avant le départ, une chèvre monte dans le bus. Nous pensons qu'elle s'est égarée mais elle est suivie de trois autres. Elles seront cinq au total à voyager avec nous. Nous nous endormons durant le trajet, malgré l'odeur. Le contrôleur nous réveillera pour changer de bus et s'il oublie, on arrivera quand même à Pokhara.

    Dans la nuit nous changeons de bus. Les bananes ont remplacé les chèvres à l'arrière du bus. Nous trouvons une place tant bien que mal, et c'est William qui s'installe près des bananes (il en subira d'ailleurs l'agression durant la nuit). La nuit passe vite, nous arrivons à six heures du matin à Pokhara, nous sommes déjà lundi.

    Trente deux heures de trajet au lieu des seize prévues, je déteste vraiment les traversées de frontières.


     

    Fred

    A notre arrivée à la bus station de Pokhara, comme à l'habitude, les chauffeurs de taxi nous traquent et nous proposent des prix plus qu'excessifs pour rejoindre Lakeside, le quartier où nous avons prévus de séjourner. Pas envie de marchander, et seulement trois kilomètres à faire. Nous irons à pied. Sur le chemin, nous croisons un cortège d'adolescents (environ une centaine), en tenue de sport, en train de faire le footing matinal, suivi d'un groupe de militaire en tenue, cette fois bien plus nombreux... Peu de temps après, nous faisons une halte dans un “shop” pour acheter de l'eau, des clopes, et quelques gâteaux, quand un Népalais vient nous parler. C'est le gérant d'une Guest-House, il nous propose une chambre pour cent roupies par tête (environ un euro) et nous paye la course pour nous y emmener. Banco ! Cinq minutes plus tard, nous sommes arrivés, soulagés d'être enfin à destination...

    Copieux petit déjeuner, lessive, et surtout... une douche !! Le vrai bonheur ! Pendant le trajet en bus de la veille, j'ai tellement transpiré que mes doigts étaient devenus frippés... Puis, le gérant vient nous chercher, et nous propose de monter sur le toit de la Geri Guest-House pour y admirer la vue. Nous nous exécutons, sans regret, la vue est vraiment magnifique. Le ciel est dégagé (ce qui est rare en période de mousson), et nous apercevons les cols de l'Annapurna à plus de 7000m d'altitude, enveloppés dans les neiges éternelles. Je ne pourrais pas dire si c'est ce qui nous a remis d'aplomb Léna et moi, mais après ça, nous n'avons plus aucune envie de dormir. Alors nous laissons William, qui lui est épuisé par la nuit précédente, et nous partons à la découverte de la ville. Lakeside, notre quartier, est situé à l'ouest de la ville à proximité d'un lac de plusieurs kilomètres de long, qui sépare la ville des montagnes voisines. Presque immédiatement, l'idée nous vient de louer une barque et d'aller faire un tour dessus. Pour 250 roupies (un prix fixe), nous avons la barque pour une heure et un jeune garçon pour nous faire avancer. Il est 9h du matin. Une fois éloigné de la berge, un sentiment de sérénité nous prend. Après la foison de l'Inde et en particulier de Bénares suivie de la traversée de la frontière, se retrouver dans le silence et avancer paisiblement sur l'eau me donne vraiment du plaisir. Notre "driver" nous propose de nous emmener sur une île où un temple hindou à deux toit est érigé (on ne comprenait rien à ce qu'il disait, il remplaçait les r par les b, c'est peut-être ça l'accent népalais...). On prend la halte, quelques photos aussi, puis on fait demi tour. Je m'exerce un peu à la rame pendant le retour vers la ville. Cette fois, on décide de longer le lac mais à pied.

    Lakeside, le quartier pour touristes, où presque tout est prévu pour l'accueil et le confort des visiteurs occidentaux. On y trouve des Guest-House, des restaurants, des cybers-cafes, des bars, des souvenirs shops à foison, des agences de voyages... Tout ça sur plusieurs kilomètres. Un seul hic, il manque quelque chose, cela nous saute rapidement aux yeux : Des touristes !!! Dans le quartier, les rues sont vides... Alors les vendeurs n'hésitent pas à alpaguer les rares passants. Le plus drôle, ce sont les barbiers, à chaque passage devant leurs shops, ils tentent leurs chances.

    De retour à la Geri vers midi, on retrouve William, le réveil difficile, et pas vraiment motivé pour faire quoique ce soit... Sauf peut être manger ! Au Népal, la vache n'est pas autant sacrée qu'en Inde. Ce qui veut dire que le boeuf est de retour dans notre assiette. Alors le midi, pour tout le monde, c'est beef pepper steak au menu et une petite bière pour faire passer tout ça ! Le délice des papilles (le poulet c'est sympa, mais rien ne vaut un steak). Après ce repas, retour à la Guest House pour aviser sur les suites de la journée. D'abord une petite sieste, et puis on verra ! Vers 14h30, je me réveille en premier, toujours motivé pour m'activer, mais pas moyen de faire sortir les deux autres du lit. Pas grave, je me décide. Je sors et à peine arrivé au lac, je loue un vélo et décide d'aller explorer la ville (bien sur, je prends pas de carte avec moi...). Louer un vélo au Népal !!! C'est pas vraiment la meilleure idée que j'ai eue ! Au bout de cinq minutes, la route commence à se transformer en faux-plats montant vers le nord et l'ouest de la ville. Je ne me décourage pas et continue pendant presque une heure. Au final, j'ai presque fait le tour de la ville !! Mais je n'en peux plus, je suis trempé, et les nuages se rapprochent rapidement... Il est temps de rentrer. Sur le retour , je traverse la ville vers le sud, pour finir à Damside, trois kilomètres au sud de la destination voulue, mais au moins je sais où je suis! (le retour c'était la descente). A 17h30, je suis de retour à la Guest House, où (miracle), les vêtements propres sont déjà prêts (moins de deux jours pour laver et faire sécher, ce n'était pas arrivé depuis l'Iran).

      Pour la soirée, on a prévu d'aller dépenser notre argent au casino. Depuis Agra, où on a rencontré un taxi qui avait séjourné à Pokhara, on attend ce moment pour tester notre "savoir faire" au poker. A l'auberge avant le départ, on s'enflamme un peu, on met en place une stratégie au cas où l'on se retrouve sur la même table. Puis vers 19h, on part. Chacun sur son trente et un, pas moyen de se faire refouler à l'entrée. Une fois sur place, mauvaise surprise. Pas de table de Texas Hold'em, seulement une roulette, des machines à sous, des jeux que nous ne connaissons pas (et auxquels on ne comprend rien!), et une table de Black-Jack. Maintenant qu'on est la, autant y rester... On change chacun dix dollars et on décide de se poser au bar. Petite précision : dans ce casino, le repas et les boissons sont offerts aux joueurs ainsi que le retour en taxi. On discute un peu avec un népalais, qui a l'air d'être le patron du casino, il nous apprend qu'ici, la mise minimale..... c'est trois dollars ! Alors, on se gave pendant le repas, on prend une bière, une vodka (faut rentabiliser quand même), et on va s'asseoir devant le croupier (ou plutôt une charmante croupière). Léna sort de la table en premier, suivi rapidement par moi et enfin William. On a perdu dix dollars chacun en quinze minutes. Hors de question de lâcher plus d'argent, on décide de rentrer. En sortant, il pleut autant qu'à l'aller (j'avais oublié de le préciser).

    Le taxi nous dépose bien plus loin que la Guest House, alors, on se sépare... William et Lena rentrent, moi je pars seul dans un cybercafé à proximité ! Après dix minutes de connexion, il se met à pleuvoir de plus en plus de violamment. Peu importe, je suis au chaud. Normalement la mousson, ça ne dure jamais bien longtemps, mais pas au Népal, et en particulier à Pokhara. A 23h15, je me fais expulser par le gérant qui m'explique gentiment qu'il veut rentrer chez lui dormir. Il pleut toujours à la folie. Alors la mission commence. Dehors, il fait nuit noire, pas de lampadaire, magasins fermés (donc aucun éclairage dans la rue). Dès les premiers pas, en sortant du cyber, je mets le pieds dans le caniveau, vingt cinq centimètres d'eau y défile en torrent... Ça, c'est fait ! Maintenant, j'ai les pieds trempés, je peux marcher sereinement n'importe où ! Alors, je rentre sans chercher à éviter la pluie (de toute façon, c'est impossible, je me rappelle bien du passage à Bénares), en marchant le plus tranquillement du monde. Dix minutes plus tard, j'arrive devant la grille de l'hôtel. Fermé!! Je jump, en prenant toutes mes précautions (elle est ornée de pointes d'une quinzaines de centimètres chacune). Dans la chambre, les autres m'attendent, ils sont arrivés autant mouillés que moi et font sécher leurs vêtements. Après tout ça, une bonne nuit de sommeil est bien méritée !!

    La journée a été intense, mais ce n'est rien en comparaison de ce qui nous attend le lendemain...


     

    William

    Au petit matin, tout le monde est malade. Nous nous lavons avec difficulté et prenons un coca en guise de petit dejeuner. Nous ne pouvons pas avaler grand chose d'autre. Très vite, je vais mieux. Concernant Fred et Léna, la chose semble plus grave. Ils ont de la fièvre et ont une tendance affligeante à rester au lit. Fred a une technique : mettre son pull, s'enrouler dans trois couvertures et se faire transpirer le plus possible pendant une heure ou deux. Il est plutôt sûr de lui et ça fonctionne. Après une bonne douche tiède, il va mieux et nous pouvons sortir. Nous avions prévu d'aller à Sarancot sur le plus haut sommet qui entoure Pokhara, c'est à présent impossible. Cette marche de quatre heures aller, quatre heures retour doit s'entreprendre tôt le matin. Nous laissons Léna au chaud et nous allons manger un steak dans la rue principale de Lake Side. J'explique au serveur comment faire un grog à base de Thé, citron, miel et un rhum brun népalais. Assez fort et pas très bon, j'en prépare une peinte que nous buvons à deux en attendant le repas. Ça va tout de suite mieux, les crises d'éternuements que j'ai depuis notre arrivée au Népal disparaîtront dans l'après midi, mais pas longtemps...

    Nous rentrons à l'hôtel voir comment se porte Léna. Fred est remis à bloc, nous pouvons faire quelque chose de la journée. Léna ne peut pas bouger, nous partirons donc sans lui pour une après midi jungle. Au départ, ce n'était pas du tout notre intention. Sur la petite montagne en face de Sarancot, se trouve un autre départ de trekking. Lorsque je parle de trekking, ce ne sont évidemment pas de grands départ de deux ou trois semaines dans les montagnes. Cette marche nous prendra une heure et demie pour arriver à la pagode de la paix : un stupa qui se trouve au sommet. Puis nous devrons rentrer en contournant le lac. Nous avons le temps de faire ce mini périple dans l'après midi donc nous y allons. Nous nous dirigeons vers l'embarcadaire, prenons un bateau à prix fixe pour la traversée et nous rejoignons l'autre rive en une quinzaine de minute. Une fois de l'autre coté, nous empruntons l'escalier que nous gravirons pendant une bonne heure. Nous ferons quelques pauses, je m'amuse à attraper une grenouille avec la dextérité aquise dans mon jeune âge. Fred s'y essaiera à deux reprises, en vain. Les buffles commencent à descendre, le ciel se couvre assez vite et la nuit devrait tomber dans les prochaines heures. Nous arrivons au sommet devant une Guest-House qui paraît abandonnée. Nous reprenons un petit escalier, marchons sur une pelouse trempée sur laquelle se trouve un petit héliport juste en face du temple tibétain. Nous en faisons le tour, quatre grands bouddhas dorés scruttent les quatres points cardinaux. Nous voyons toute la vallée mais nous ne pouvons apercevoir les pics enneigés.

    Nous faisons une pause dans un baraque à coca. Nous buvons beaucoup, proportionellement à ce que nous avons transpiré pendant la montée. Deux chevraux s'amusent, se pourchassent et se cachent derrière leur mère dès que nous nous approchons. Il y a dans cette cabane une quantité de moustiques impressionnante. Un vrai nuage. L'un d'entre eux se retrouvera coincé dans la chemise de Fred qui s'en tirera avec une vingtaine de piqûres sur le flanc gauche. Nous aurons affaire très bientôt à des suceurs de sang bien plus voraces. Nous reprenons la route, il faut se dépêcher. Une centaine de mètres plus loin, nous tombons sur une fourche. Nous quittons le chemin principal pour en prendre un plus petit qui à première vue est plus court. Ce fût notre première erreur. A partir de cet instant, les décisions que nous prendrons seront toutes plus ou moins mauvaises.

    Très vite, le chemin n'est plus un chemin. Nous suivons des traces de buffles et de cours d'eau. La moindre avancée nous fait plaisir mais nous trouvons un cul de sac vingt mètres plus loin. Un peu partout, des bruits étranges commencent, et la pluie se met à tomber. La terre glisse ou s'enfonce à chacun de nos pas et la pente se fait de plus en plus rude. La situation devient critique. Fred s'arrête, me dit qu'il a des petites bêtes noires qui lui piquent la cheville, ce sont des sangsues. Il y en a bien dix sur chaque pied, sur les miens aussi. Nous pressons le pas en faisant des pauses régulieres pour enlever nos squatteuses. Nous tombons nez à nez avec un buffle qui dévale la montagne à toute vitesse. Il nous fonce dessus, nous sommes sur son chemin, Fred a juste le temps de remonter un peu, pour ma part je suis coincé. Je me rabats sur le monticule de terre qui s'éffrite sous mon poid. A dix centimètres, près je me faisais embrocher. Heureusement, il etait apeuré et ne cherchait qu'à se refugier sur la terre ferme. Ouf !

    Nous continuons à avancer. Arrivés sur un nouveau cul de sac, Fred tente une petite escalade. La terre se dérobe sous ses pieds, il glisse, et se rattrape à un arbre. En dessous de lui, il y a deux bons mètres de dénivelé. Je glisse un peu, impossible de revenir en arrière, nous somme tous les deux en équilibre. Nous sommes paniqué mais nous arrivons à prendre les décisions qui s'imposent. La rive n'est plus qu'à quelques mètres, plus question de faire demi tour. Fred attrape une racine, se décalle et tombe sans se faire mal. Je glisse dans la foulée, me rattrape au même arbre, puis à la même racine et me laisse glisser sur les fesses. Nos pieds nous démangent, nous rejoignons en quelques enjambées la rive et nous hurlons de toutes nos forces. Un bateau nous entend sur l'autre rive et vient nous prendre à son bord. Les deux Népalais qui rament sont bien amusés de voir deux touristes jouer à Indiana Jones sous la mousson. Ils nous aident à enlever la trentaine de sangsues que nous avons sur les pieds. Nous remercions nos sauveurs une fois arrivés sur l'autre rive, leur donnons un rendez-vous pour le lendemain et rentrons les pieds nus et sanglants à l'hôtel.

    Nous ne sommes pas sauvés de ces envahisseurs pour autant. Arrivés à l'hotel, nous mettons nos affaires trempées dans la baignoire et tentons de stopper les saignements. Ces petites bêtes, tout à fait saines, injectent sous la peau une substance qui fluidifie le sang afin de mieux l'ingérer. Cela provoque un saignement constant pendant une bonne heure. Nous nettoyons les plaies, et nous nous amusons à compter. Fred a soixante sept morsures, sans compter les piqûres de moustiques. J'en ai à peu près autant, les moustiques m'ayant épargné. L'épisode de la chasse aux sangsues commence.

    Evidemment, nous n'avons pas tout enlevé ni tué. La baignoire est infestée, les parasites commencent à grimper aux murs et à s'enfuir de la salle de bain. Fred a rencontré son pire ennemi, il ne veut plus rentrer dans la salle de bain et songe même à changer de chambre. La meilleure manière de lutter contre l'envahisseur est de les écraser dans du papier toilette rempli de sel. Je vais donc chercher une salière et je commence le travail. J'en tue près d'une vingtaine mais il en reste. La nuit, nous garderons pendant longtemps la lumière allumée, guettant la moindre sortie de la salle de bain. Le lendemain, nous en retrouverons encore dans les chaussures.

    Au reveil, il pleut. Il pleuvra comme ça toute la journée. Nous ne sortons pas, Lena est toujours malade mais ça va mieux. Fred va faire un tour en ville, il rencontre nos sauveurs de la veille, cherche à leur louer un scooteur pour la journée mais la météo l'en dissuade. Nous allons petit déjeuner dans le restaurant en face de l'hôtel, tout y est deux fois moins cher. Il nous aura fallu deux jours pour le savoir... Nous sommes restés dans la chambre toute la journée, nous avons joué au poker en tombant quelques bières. Surtout, nous avons acheté des billets de bus pour rejoindre Katmandou dans la matinée du lendemain.

    Nous arrivons à la bus station vers 7h20. Il pleut des cordes. Le temps de faire du change pour payer le taxi, nous sommes trempés. Les bières que j'ai bues hier, les trois Everest Biers, m'ont collé une tourista sévère mais de courte durée. Par chance, les aires sur lesquelles nous nous sommes arrêtés étaient propres. Nous sommes avec un groupe de touristes dans le bus. Une bonne partie des gens vont faire du rafting et s'arrêteront à mi-chemin. Sur la seconde moitié du trajet, nous avons de la place. Ce qui ne nous empêche pas d'accumuler un certain retard : nous arrivons à Katmandou aux alentours de seize heures. Nous récupérons les sacs, et prenons un taxi en direction de Freak Street. J'ai oublié une paire de chaussures dans le bus que j'avais mis, trempée, dans un sac plastique. Dieu seul sait pendant combien de temps elle fera la navette.

      Freak Street, c'est la rue des hippies des années soixante / soixante-dix. Elle porte ce nom en raison de leurs tenues débraillées et de leurs quêtes de défonces. Les temps ont bien changé, les touristes aussi. Ce ne sont d'ailleurs pas les mêmes touristes qu'en Inde. Les personnes que nous croisons sont plus âgées, plus expérimentées, nous retrouvons les gars de la route que nous avions quitté au Pakistan. Pour les français, un seul livre nous a tous emmené à Katmandou. Je parle bien entendu de Flash de Charles Duchaussois sur les traces duquel nous sommes plus ou moins passés. A l'époque des hippies, toutes les drogues étaient légales à Katmandou, ce qui a favorisé l'immense mouvement hippie qui a pris fin au cours l'année 1971. Le Magic Bus était devenu une institution, il démarrait d'Amsterdam pour rejoindre Katmandou en quelques semaines. Aujourd'hui évidement, tout est illégal même s'il persiste une certaine tolérance pour les drogues les plus douces. Freak street n'est pas le gros quartier touristique de Katmandou. C'est Thamel qui se trouve un peu plus au nord. C'est un amas de petites ruelles, un peu comme Bénares, mais plus bruyantes et bien plus peuplées. C'est pourquoi nous déciderons d'écourter notre séjour afin de retrouver le calme d'une petite ville. Lumbini, le lieu de naissance de Buddha nous parraît être un bon choix.

     Nous posons les sacs et descendons manger. Les prochains repas seront à base de riz pour Léna et moi. Lena fera l'erreur pendant deux jours de plus de ne pas abandonner les momos (raviolis frits veg ou à la viande et bien épicés). Nous sortons faire un tour. Nous repérons les rues environnantes, Darban Square, les coffe-net qui sont potables (toujours rien de suffisant pour poster sur le blog) et certains noms de restaurants. Celui de l'hôtel est bon et pas cher, ce qui nous convient parfaitement. Le soir venu, nous y rencontrerons une Française qui connaît bien le coin. Elle nous explique quoi faire en peu de temps à Katmandou. Nous dînons en vitesse et nous endormons bien vite et bien fatigués par la journée.

      Le lendemain, nous allons à Swayambunath dans la matinée. C'est une colline dans les hauteurs de Katmandou au sommet de laquelle se trouve un stupa surnommé le Monkey Temple. Swayambunath a été aussi un refuge pour les hippies vers la fin du mouvement, lorsque la police faisait des rafles dans les guesthouses pour une reconduite à la frontière indienne dans des conditions bien pire qu'aujourd'hui. Dans l'état d'intoxication où ils en étaient rendus, le sevrage instantanée correspondait presque à une peine de mort. Sacrée punition avec un retour dans un état qui interdit toute drogue. En 1974 plus aucun hippie ne traînait dans les rues de Katmandou.

    Soyambonat aussi a bien changé, c'est devenu un repère à touristes, des vendeurs partout et quelques restaurants, il n'y a plus que de vagues relents de l'atmosphère du passé. Nous buvons un coca dans un bui-bui puis redescendons les marches du temple sous la pluie. Nous prenons un taxi et rentrons à l'hôtel. Une petite pause puis nous allons déjeuner au Coumari avant d'aller dans le quartier de Thalem. Nous en faisons le tour et tentons de trouver une transistor de bonne qualité pour Kake Babu. Il nous en a demandé un pour écouter la radio lorsqu'il passe la nuit sur le toit de la UMA. Nous revenons bredouille puis tentons une nouvelle fois d'aller sur internet, en vain. Nous rentrons à l'hôtel, buvons une petite bière, jouons au poker ainsi qu'au black jack. Au final, j'ai perdu cinq cents roupies dans la journée. A l'heure du dîner, il ont passé le film Underworld Evolution et ont coupé le film avant la fin.

    Le troisième jour à Katmandou, fut un jour de chance pour moi. Nous avons pris l'habitude de jouer au Chifumi pour les déplacements, la place dans le lit ou dans le train. Bref, on en arrive à tout Chifumiser. Ce jour là, je n'en ai perdu qu'un sur une trentaine, j'ai regagné mes cinq cents roupies perdues la veille et il m'est arrivé une série de coups de chance scandaleux. Nous faisons un peu de change et achetons des billets de bus pour rejoindre le poste frontière de Sonauli qui n'est qu'a deux heures de bus de Lumbini. Fred commence à en avoir marre du bruit et il veut partir au plus vite. Soit. C'est d'accord ! Nous retournerons au calme avant de rentrer sur Bénares. Nous prenons un brunch à l'hôtel, jouons au poker puis nous allons faire un peu de courses souvenirs sur les étales de Durbar Square. Toujours les mêmes babioles, rien de vraiment passionnant, mais il vous faut bien quelques petites choses du voyage. Pour ma part, je n'ai rien acheté, je garde ma bourse pour Delhi ou l'on trouve à peu près tout à des prix dérisoires. Nous rentrons à l'hôtel pour dîner puis nous parlons avec le gérant de la Guest-House. Le restaurant et l'hôtel sont deux choses différentes. Le restaurant est à vendre seize milles roupies : cent soixante euros : le prix de dix DVD... Nous ne le croyons pas, il nous assure que si, il doit s'être trompé dans les zéros. Nous allons nous coucher assez tôt. Demain un long trajet nous attend, bien plus long que prévu.


     

    Lénaïc

    Le plan était simple : Dimanche matin, un bus de Katmandou à Bairawa puis, un autre bus pour rallier Lumbini (lieu de naissance de Bouddha), passer la nuit sur place et le lundi retour à Bairawa et traversée de la frontière, sauf que ...

    Dimanche matin, le réveil sonne à 5H30, nous avons tous la tête qui bourdonne. On prend un taxi pour aller à la bus station, nous trouvons le bus facilement et après nous être bien assurés que c'était celui pour la frontière, nous montons. Le trajet doit durer dix heures. Le bus démarre à 7h30 et mettra plus d'une heure à sortir de Katmandou. En effet, pour compléter son bus le chauffeur s'arrête en permanence ... Une fois lancé, le trajet se passe plutôt bien. Un arrêt pour le ptit dej et un pour le repas du midi. C'est sympa les petites pauses mais ça nous fait perdre du temps, et notre timing de la journée est un peu serré. De plus, il ne rattrape pas le temps perdu en conduisant à la pakistanaise.

    Vers 15h, le bus stoppe au milieu d'un petit village, de nombreux autres véhicules sont également arrêtés. Autant de véhicules à l'arrêt ne présage rien de bon. Par la suite, nous apprenons que la route est bloquée. Nous avons plus de deux heures de retard. L'étape à Lumbini est de plus en plus compromise à mesure que nous attendons. Attendre, le hobby numéro un en Inde, le notre également à présent.

    Trois heures plus tard, nous commençons à envisager la possibilité de dormir sur place si la route ne se dégage pas. Le village est petit et nous sommes très nombreux à attendre, il faudra sûrement dormir dans le bus. Tout d'un coup, le chauffeur démarre son bus et klaxonne, il faut remonter, on part. Le chauffeur est peut être passé en mode pakistanais : je fonce et ça passe ou ça passe (si ça passe pas c'est soit un bus, soit un ravin). Il n'en est rien, il s'arrête dix mètres plus loin. Il jouera à ce petit jeu pendant une bonne heure. Grapillant cinq mètres, parfois moins mais une chose est sur, la route est de nouveau ouverte.

    Petit à petit, nous avançons et comprenons bientôt la raison du blocage : trois éboulements successifs n'ont laissés qu'assez de place pour un seul bus. Évidemment, au lieu de s'organiser pour laisser passer une file puis une autre, les bus et camions se sont regroupés des deux côtés espérant que celui d'en face craquera en premier.

    Il est 20h passé, la mission pour aller à Lumbini est désormais annulée, nous n'avons plus le temps. Nous espérons juste arriver à la frontière avant la fermeture des hôtels. Le chauffeur essaye de ne pas prendre plus de retard et nous arrivons finalement à la frontière à 23h30. Pour faire deux cents quatre vingt kilomètres nous aurons mis dix neuf heures : que du bonheur !

    Une assiette de chicken chowmein et nous allons nous coucher. Réveil tôt le matin, ce n'est pas voulu, ce sont les klaxons des bus et camion en attente de traverser la frontière. Deux coups de tampon et nous revoilà en Inde. Une semaine au Népal, c'est court, trop court, mais cela donne un bon aperçu. Tout ce que nous n'avons pu faire nous le ferons une prochaine fois.

    Sunauli, poste frontière indien. Au lieu de prendre le bus, nous prenons une jeep collective. Quinze roupies de plus que le bus mais nous gagnons au moins une heure de trajet. Bonne solution côté temps, mais mauvaise côté confort. Nous serons jusqu'à seize entassés dans une jeep prévue pour dix personnes maximum.

    Ghorakpur, nous nous dirigeons directement vers la gare pour prendre le premier train pour Bénares. En entrant, nous allons au bureau des réservations sans faire attention au Tourist Information. Après cinq minutes d'attente, le guichetier nous envoie au Tourist Info. J'entre dans le bureau en demandant le prochain train pour Bénares. La femme pointe du doigt un train quittant le quai et elle dit : "C'est celui là. Pourquoi vous n'êtes pas venu me voir directement ? Vous auriez eu le temps de le prendre." Je préfère ne pas répondre. Le train suivant est à 17h avec une arrivée prévue à 22h30. Seulement cinq heures et trente minutes de trajet, c'est rapide, très rapide. En attendant nous allons manger dans un restaurant douteux.

    Dans le train, pas de sleeper class, uniquement des “second class”. En “second class”, on s'asseoit sur des bancs faits de planches. Quatre par banc, un ventilateur qui fonctionne sur trois et des barreaux aux fenêtres. Dans les faits, c'est plus une bétaillère qu'un wagon de train. Le trajet est vite plié, avec seulement une petite heure de retard.

    Benares, 23h30, il fait nuit. Nous devons rejoindre la Uma Guesthouse en passant par des ruelles sombres et mal éclairées après avoir pris un rickshaw. Sur la route deux Indiens nous tiennent compagnie malgré le fait que nous essayons de les esquiver. En effet, nous connaissons la route et ils veulent que nous allions dans une autre guesthouse. A notre arrivée, on nous prépare notre lit, on nous monte un drap malgré l'heure tardive. Assis devant notre chambre à l'extérieur nous discutons avec Kaké Babu et son frère Baba Shankar, avant d'aller dormir.

    Partis le dimanche matin pour arriver le lundi soir. Je n'aime toujours pas passer les frontières mais ce sont de bonnes histoires à raconter et ça fera de bons souvenirs.

     Ok Baba, il est temps de prendre un peu de repos bien mérité.


     

    William

    Notre séjour à la Uma guesthouse sera de courte durée. Nous devons acheter au plus vite un billet de train pour rejoindre Delhi. Je me lève avant tout le monde, je pars faire du change et faire réparer l'entrejambe d'un pantalon en toile. En partant, je ne me doutais pas qu'il était 7h30 du matin et que tout était fermé. Je laisse mon pantalon chez un couturier et je me dirige vers la Vinshu Guesthouse. Evidemment tous les change-money sont fermés. Je rentre vers la German Bakery, ils peuvent me changer mon traveler. Je fais quelques photocopies, je rencontre l'Allemand avec qui je partageais le rickshaw pour aller à la sufi's night de Lahore. Nous parlons cinq minutes puis je vais voir Bullu, le gérant, chez Uma. Il me donne les sous et je monte l'étage qui me sépare de Fred et Lena. Ils viennent à peine de se lever et sont au beau milieu de leur toilette. Nous Chifumisons l'achat du billet de train, Fred gagne, il sera exempté de corvée. Juste après cette modeste victoire, il s'en va en ville.

    Nous restons un moment à la Uma guesthouse avec Léna avant d'aller déjeuner. Nous découvrons la page fromage de la German Bakery, nous sommes ravis, un suisse et un italien s'amusent à faire du fromage de Yack en plein Himalaya.Tallegio, Tome, Asiagio, Roblochon, tout y passe. Nous y reviendrons même le lendemain. Repus, nous nous décidons enfin à aller chercher ce billet de train à l'autre bout de la ville. A notre arrivée sur la petite place au nord du labyrinthe, une dizaine de rickshaw nous tombent dessus. Nous allons vers le plus jeune, il nous prend cent roupies pour l'aller retour, c'est parfait, nous ne sommes pas d'humeur à palabrer avec la foule. Ce fût d'ailleurs un très bon choix. Malgré son jeune âge, il maîtrise parfaitement son rickshaw et nous offre un rally dans les rues de Bénares. Nous avons acheté le billet assez rapidement, Léna était ici la semaine dernière, il a l'habitude. Le problème avec les gares indiennes, pour nous touristes, c'est que l'on n'achête jamais son billet de la même façon. Avec Léna, en quinze minutes, nous étions sortis, billet en main et nous retrouvions notre pilote de quinze ans.

    Nous nous arrêtons au retour dans les petits magasins de notre quartier, nous y achetons quelques bricoles puis rentrons à l'hôtel. Peu de temps après, Fred nous y retrouve. Demain, à la tombée de la nuit, nous partirons pour Delhi. Nous faisons la sieste dans la chambre commune puis partons dîner à la German Bakery.

     

    Le lendemain, Fred veut nous emmener déjeuner dans un petit restaurant qu'il a découvert la veille, en fait nous y étions déjà passé la semaine précédente pour y manger des ramens infectes. Après cela, nous sommes allés sur internet, pour écrire tous les trois, un article différent. Nous avons beaucoup de retard sur le blog, le Népal n'est pas très bien fourni en service internet, du coup, nous nous rattrapons. Deux heures et demi plus tard, le blog est à l'envers, articles imcomplets, publication dans le mauvais ordre, nous n'avons pas eu le temps de corriger, un vrai bonheur! Le blog restera d'ailleurs tel quel, nous l'abandonnerons, par flemardise. Le soir, après avoir embrassé toute la famille, nous prenons le train en direction de Delhi. Le trajet se passe admirablement bien, une vingtaine de minutes après notre réveil, nous arrivons en gare.

     

    Nous avons trouvé dans le guide un hotel pas très cher pour Delhi : Le Peace Hotel dans l'enclave tibétaine. C'est Jérôme de Manali qui nous avait parlé de cet endroit, c'est bien plus calme que le quartier touristique. Nous y allons en rickshaw après avoir hésité à prendre le métro. Evidemment, nous le payons trop cher comme à chaque fois que nous avons nos gros sacs sur le dos. Nous trouvons l'hôtel dans une petite ruelle, c'est un hôtel tibétain. La chambre y est plus chère qu'ailleurs : 600 roupies la nuit. Nous nous installons et allons déjeuner dans le restaurant de l'hôtel.

     

    Fred part visiter les quartiers touristiques, Léna et moi restons dormir à l'hôtel. Il nous réveille en rentrant et nous propose d'aller boire un verre en ville. Il est déjà 18h, la nuit tombe, c'est notre dernière soirée, nous acceptons. Après une douche rapide, nous montons dans un rickshaw pour trouver un bar que nous avait recommandé Arnault un peu avant de partir : “Si vous êtes à Délhi un jeudi soir, allez au ++++”. Du coup, nous faisons le tour de l'immense rond point de la place ++++. A mi-chemin, nous y trouvons un Mac Do, nous faisons une halte avant de reprendre notre route. Après avoir fait un tour complet, nous nous résignons à nous rendre dans le bar le plus proche. Une bière achetée, une seconde offerte. Nous descendons des fosters à un rythme que nous avions perdu. Nous rencontrons Rémi, un vieux de l'Inde ainsi que Soni, un afgan avec qui il est copain depuis près de quinze ans. Rémi est arrivé en Inde après la mort de son frère il y a vingt ans avec un franc en poche. Il a cottoyé certains hippies qui ont rejoint Goa après leurs expulsions de Katmandou. Ils s'étaient installés sur trois petites plages au nord de la province espagnole et y ont recréé leur havre de paix. Eddy “Eight Finger” y a vécu jusqu'à sa mort, il y a quelques mois. Cité dans Flash, ce papa hippie aura vécu pas loin de 85 ans. Pas mal.

     

    Nous parlons jusqu'à la fermeture, Rémi a l'habitude de ce bar, le gérant hésite un peu avant de lui demander de partir. Il y reviendra à trois reprises avant que nous bougions. Il négocie un rickshaw en indi, et négocie aussi pour le conduire. Nous allons tous chez lui, Rémi a le guidon entre les mains, il faisait jadis des courses autour de l'immense rond point. Nous resterons chez lui jusqu'à cinq heures du matin, et nous nous faisons avoir, comme d'habitude par le taxi qui nous ramène au centre tibétain.

     

    Au reveil, nous ne sommes pas productifs du tout. Nous décollons ce soir à 1h30 du matin. Le moral est au plus bas, c'est la fin. Nous achèterons quelques souvenirs pour les proches et attendons l'échéance toute la journée. Le taxi appelé par l'hotel nous attend à 21h30 devant l'entrée du refuge, nous le prennons et arrivons à l'aéroport une heure plus tard.

    Le lendemain, à 10h du matin, j'attends au poste douanier du terminal 2D de l'aéroport CDG. Nous sommes le 6 septembre, mon sac a été oublié à Zurick pendant l'escale. Fred et Léna sont partis, je retrouve mon sac par le vol suivant avec Rémi à son bord. Nous échangeons nos coordonnées puis je monte dans le RER. Je retrouve Fred Gare d'Austerlitz dans le train pour Orléans, Léna quand à lui est déjà dans un TGV filant vers Bordeaux. Quatre heures de TGV, un si court trajet par rapport à celui que nous venons de faire, il va quand même lui parraître bien long.

     

    Les prochains voyages sont d'ores et déjà tracés dans nos tête. Espérons seulement qu'ils arriveront vite.

     

     

    Frédéric Guérin, Lénaïc Courcelle et William Richemond

     

     

    Ce récit n'a qu'une destination familiale. Il est interdit de reproduire (tout ou partie) et par quelques moyens que ce soit, la présente publication, sauf autorisation écrite de la rédaction.

     


  • Commentaires

    1
    Ichigo
    Dimanche 20 Juillet 2008 à 17:12
    Bon Will, je vois que tu a oublie de raconter une petite anecdote... Mais je me fais un plaisir de la faire partager!

    En fait, ca s'est passe en rentrant du quartier de Beyoglu, le soir de notre arrivee a Istambul. On s approchait du Bosphore quand un homme fait tomber (intentionnellement ou pas) a cote de Lena (alias Junior), une brosse. Ce dernier, gentil garcon comme on le connait, la ramasse et la restitue alors a son proprietaire.

    n fait, c'etait un cireur de chaussure qui proprose alors de s exercer gratuitement sur Lena ( qui etait en basket, quand meme faut le preciser). Puis, il propose a Will, qui accepte de faire nettoyer le cuir de ses chaussures de ville (d'ailleurs j'ai toujours du mal a comprendre pourquoi il est parti avec...). A la fin de l'operation, le mec leur demande 15 liras pour ses services (7 euros 50). Ils font un peu la gueule avant de lui lacher quelques euros (j ai plus le montant en tete, je vais pas mentir, on me traiteraient de grossisseurs de chiffre). En bref, un bon coup de pigeon dans les regles de l art. Mais au moins, leurs chaussures sont propres.

    Je sais que je suis d humeur chambreuse mais si ca m arrive, ils me rateront pas... J ai beaucoup trop ri.

    P.S: J'aurais prefere poster un article mais je devais telecharger une nouvelle version d explorer, 14Mo et plus de 2h au compteur...
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    baloons
    Dimanche 20 Juillet 2008 à 17:54
    ouais les gars!
    elle dechire cette histoire, je vois que le style est pas mauvais du tout et je suis a fond dedans!
    Par contre juste un conseil car j'ai vu que vous arriviez à la forteresse d'Alamout.
    Je suis en plein Assassins Creed et j'y serais surement à la forteresse pendant votre passage. Je vous conseil de ne pas faire trop vos malins sinon je metterais vos vies a terme sans que vous n'ayez eu l'occasion d'emettre un chuchotement.
    Et pour la La frites quand tu peux: aids les citoyens! :-)
    Bisous les gars, a bientot chez Abou El Salim.
    3
    gzav
    Lundi 21 Juillet 2008 à 17:06
    Salut les gars,
    J'ai passe non pas 4 jours mais 4 mois en Turquie, je vous conseille d'y retourner sans attendre d'etre riche et puissant (sans rester trop longtemps a Istanbul of course).
    Apres Tabriz me voila a Teheran alors je vous donne un conseil : fuyez cette ville !
    mon blog : http://gzav.free.fr

    PS : firefox3 ne pese que 7 Mo...
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